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Rubrique : {Mémoire}

Déclaration des 66 Anarchistes au Tribunal de Lyon le 19 janvier 1883

Le jeudi 8 janvier 2009 par Just Pothin

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REPÈRES
Au jour le jour, quelques points de repères historiques ne sont pas inutiles, surtout quand on ne les trouvent pas dans nos manuels d’histoire. Des évènements souvent méconnus, lointains ou plus récents, des révoltes, des alternatives sociales qui ont eu lieu à Lyon et aux alentours… formeront à cha peu [1] l’Almanach de Myrelingue (c’est le surnom de Lyon qui veut dire mille langues ; c’était en effet une babylone à la Renaissance). Nous y trouverons aussi d’autres évènements occultés dans l’histoire officielle, comme certains désastres de la colonisation, ainsi que d’autres luttes…

C’est ainsi que le 8 janvier 1883, à Lyon, débute le procès dit "des 66". Il est reproché aux accusés « d’avoir (…) été affiliés ou fait acte d’affiliation à une société internationale, ayant pour but de provoquer à la suspension du travail, à l’abolition du droit de propriété, de la famille, de la patrie, de la religion, et d’avoir ainsi commis un attentat contre la paix publique. »

Et c’est le 19 janvier que les prévenus liront devant le Tribunal correctionnel de Lyon la déclaration suivante, devenue aujourd’hui texte primordial de référence :

« Ce qu’est l’anarchie, ce que sont les anarchistes, nous allons le dire : les anarchistes, messieurs, sont des citoyens qui, dans un siècle où l’on prêche partout la liberté des opinions, ont cru de leur devoir de se recommander de la liberté illimitée. Oui, messieurs, nous sommes, de par le monde, quelques milliers, quelques millions peut-être - car nous n’avons d’autre mérite que de dire tout haut ce que la foule pense tout bas - nous sommes quelques millers de travailleurs qui revendiquons la liberté absolue, rien que la liberté, toute la liberté !

Nous voulons la liberté, c’est-à-dire que nous réclamons pour tout être humain le droit et le moyen de faire tout ce qui lui plaît, et ne faire que ce qui lui plaît ; de satisfaire intégralement tous ses besoins, sans autre limite que les impossibilités naturelles et les besoins de ses voisins également respectables.

Nous voulons la liberté, et nous croyons son existence incompatible avec l’existence d’un pouvoir quelconque, quelles que soient son origine et sa forme, qu’il soit élu ou imposé, monarchique ou républicain, qu’il s’inspire du droit divin ou du droit populaire, de la Sainte-Ampoule ou du suffrage universel.

C’est que l’histoire est là pour nous apprendre que tous les gouvernements se ressemblent et se valent. Les meilleurs sont les pires. Plus de cynisme chez les uns, plus d’hypocrisie chez les autres ! Au fond, toujours les mêmes procédés, toujours la même intolérance. Il n’est pas jusqu’aux libéraux en apparence qui n’aient en réserve, sous la poussière des arsenaux législatifs, quelque bonne petite loi sur l’Internationale, à l’usage des oppositions gênantes. Le mal, en d’autres termes, aux yeux des anarchistes, ne réside pas dans telle forme de gouvernement plutôt que dans telle autre. Il est dans l’idée gouvernementale elle-même ; il est dans le principe d’autorité.

La substitution, en un mot, dans les rapports humains, du libre contrat, perpétuellement révisable et résoluble, à la tutelle administrative et légale, à la discipline imposée ; tel est notre idéal. Les anarchistes se proposent donc d’apprendre au peuple à se passer du gouvernement comme il commence à apprendre à se passer de Dieu.

Il apprendra également à se passer de propriétaires. Le pire des tyrans, en effet, ce n’est pas celui qui nous embastille, c’est celui qui nous affame ; ce n’est pas celui qui nous prend au collet, c’est celui qui nous prend au ventre.

Pas de liberté sans égalité ! Pas de liberté dans une société où le capital est monopolisé entre les mains d’une minorité qui va se réduisant tous les jours et où rien n’est également réparti, pas même l’éducation publique, payée cependant des deniers de tous.

Nous croyons nous, que le capital, patrimoine commun de l’humanité, puisqu’il est le fruit de la collaboration des générations passées et des générations contemporaines, doit être à la disposition de tous, de telle sorte que nul ne puisse en être exclu ; que personne, en revanche, ne puisse accaparer une part au détriment du reste.

Nous voulons, en un mot, l’égalité ; l’égalité de fait, comme corollaire ou plutôt comme condition primordiale de la liberté. De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins ; voilà ce que nous voulons sincèrement, énergiquement ; voilà ce qui sera, car il n’est point de prescription qui puisse prévaloir contre les revendications à la fois légitimes et nécessaires. Voilà pourquoi l’on veut nous vouer à toutes les flétrissures.

Scélérats que nous sommes ! Nous réclamons le pain pour tous, le travail pour tous ; pour tous aussi l’indépendance et la justice. »

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Pierre Kropotkine

De très dures condamnations seront prononcées contre les inculpés : 4 ans de prison pour les "meneurs", tel Pierre Kropotkine, Émile Gautier, Joseph Bernard, Pierre Martin [2], Toussaint Bordat [3]… et de six mois à trois ans pour 39 autres de leurs compagnons.

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Rubrique : {Analyse et réflexion}

De l’improvisation au dirigisme : ordre et contrôle du sens dans les manifestations lyonnaises du 28 décembre 2008 au 3 janvier 2009

Le mardi 6 janvier 2009 par benjamin

Durant cette semaine de mobilisation à Lyon contre les massacres israéliens de Gaza, il a été possible d’observer la construction progressive d’un ordre centralisé, notamment autour des enjeux de prises de paroles, de l’émergence et du maintien du sens des évènements de rue.

Je ne vais pas revenir ici sur le déroulement des attaques israéliennes débutées le 27 décembre 2008 sur la bande de Gaza, ni sur la complicité dont font preuves les gouvernements européens et arabes, ni même sur toutes les raisons qui nous poussent à agir, nos revendications ou nos perspectives de luttes. Il semble cependant intéressant de retracer les différentes mobilisations qui se sont déroulées durant cette semaine pour suivre les diverses formes qu’elles ont prises. Ce sont notamment les questions de l’organisation et de prises de paroles qui seront abordées. A travers les multiples formes que vont prendre les rassemblements, les outils et méthodes employés par les organisateurs, la place (donnée ou prise) par les participants, pourra apparaître la constitution progressive d’un contrôle et d’un ordre centralisé.
C’est en reprenant les modifications de ces dimensions qu’il semble possible de comprendre comment la manifestation du samedi 3 janvier a pu prendre la tournure que décrit l’article critique déjà édité. Comment s’est instauré un ordre, et ses dérives, dans la manifestation du samedi 3 janvier ?

Tout d’abord je pense qu’il ne faut pas placer la coupure entre les rassemblements (plus libres et démocratiques dans les prises de paroles par exemple) et les manifestations (concentration et contrôle). En effet, les méthodes de gestion du sens des moments de contestation se sont modifiées au fil des jours. Car c’est bien le sens de la mobilisation qui devient un enjeu. Et au-delà des révoltes face aux massacres, la diversité des motifs d’engagement, des perspectives, demandent à se faire entendre. Dans de telles situations, l’accord entre les participants reste à construire au fil de l’action. Revenons donc à différents moments de ces mobilisations, en considérant que le sens d’un rassemblement n’est jamais donné d’avance, mais qu’il s’élabore au cours de l’action.

Le lendemain des premiers raids aériens de l’armée israélienne sur Gaza, un premier rassemblement s’est tenu dimanche 28 décembre à 12h00, place des Terreaux. Autour de 600 personnes se mobilisent, principalement par les réseaux militants. Au début les participants sont encore calmes. Beaucoup semblent attendre une intervention des organisations qui ont lancé l’appel. Deux d’entre eux font des brèves prises de paroles. Dans le court moment de silence qui suit, deux femmes émergent du premier rang de la foule, l’une d’elles énumère les tueries dont ont été victimes le peuple palestinien, l’autre se lamente en criant, elles finissent par crier « allah akbar. » Quelques organisateurs semblent pris au dépourvu : le sens qu’ils avaient donné au rassemblement leur échappe. A côté de moi, une militante qui tient une banderole les critique : « Elles confondent tout ». Une partie des participants reprend le allah akbar. Le sens se modifie, momentanément, il se résume à ce cri, comme avant il pouvait se résumé au contenu des prises de paroles (il y a bien sûr d’autres façons de participer au sens d’un rassemblement, les banderoles par exemple permettent de maintenir durablement un sens donné, il n’en va pas de même pour les slogans). Les organisateurs, qui ne souhaitent pas que la dimension religieuse soit trop présente, s’affèrent, certains lancent un autre slogan dès que l’intensité de l’autre retombe un peu, et pendant que les slogans changent, des organisateurs musulmans vont parler avec ces deux femmes. Durant ce premier rassemblement, le sens va se négocier perpétuellement. Les slogans sont lancés par les organisateurs, perchés sur les marches de l’hôtel de ville, ou par les participants ; l’écho qu’ils provoquent leur permettent de durer plus ou moins dans le temps.

Le sens, toujours momentané, va ainsi se décider à chaque moment : certains slogans seront repris avec entrain et par l’ensemble des participants, d’autres ne seront repris que par une partie et meurent plus vite, d’autres enfin, ne resterons que des appels sans suite. Parmi ceux qui semblent faire consensus (repris par le plus grand nombre, se maintenant ou se répétant dans le temps) il y a par exemple « Israël assassin », « Israël terroriste », auxquels on peut faire suivre « Europe/Sarkozy complice. » A l’opposé, quand quelqu’un lancera du milieu de la foule « mort à Israël » personne ne reprendra, et un autre slogan l’effacera vite. Il faut noter ici que si le nombre et la détermination permettent de maintenir dans le temps un slogan, l’appréciation du contexte joue pour le faire émerger. Ainsi bien des interventions des organisateurs furent interrompues par un « Israël assassin » bien lancé après le constat des morts. Parfois, il suffit de reprendre sa respiration pour laisser le temps à un slogan d’émerger.

Durant ce premier rassemblement, la multiplicité des sens et opinions exprimés montre bien qu’il est difficile de définir « un » message des manifestants, à part leur révolte contre les attaques israéliennes sur Gaza. C’est pourquoi on peut dire que différents sens se sont exprimés, voir confrontés. Ainsi, à la suite d’une des fois où allah akbar était repris, ou après qu’une personne du public ait pris la parole pour dire que la seule chose qui restait à faire c’était de prier et de crier allah akbar, des organisateurs insistaient sur la dimension politique de la mobilisation. Les dignitaires musulmans (le recteur de la mosquée de Lyon par exemple) ou les responsables d’organisations musulmanes insistèrent ainsi sur les droits de l’homme et le caractère républicain du rassemblement. Un autre organisateur définit le conflit comme un conflit politique, et non pas un conflit religieux. Bref, il y en avait pour tous les goûts et cet évènement n’était ni linéaire (un message claire, unique et cohérent), ni unidirectionnel (différents acteurs prennent la parole, se répondent, se coupent, s’ignorent…).

Le 29 décembre, la mobilisation dépasse les attentes : entre un et deux milliers de personnes se sont retrouvés place de la Comédie, dans le froid et prête à crier. Mais dans ces conditions, les prises de paroles et l’émergence de slogans se déroule plus tout à fait de la même façon que la veille. Même si les organisateurs ont prévu un mégaphone, il ne permet de monopoliser ni la source ni le sens de toute les prises de paroles et slogans. Plus la foule grandit, plus les slogans peuvent cohabiter : par moment deux slogans se chevauchent, repris par différentes partie des participants. Des slogans religieux s’entremêlent avec d’autres, des slogans en arabes peuvent de plus être confondue avec des invocations religieuses alors qu’il ne font que reprendre les slogans palestiniens. Au mégaphone les personnes qui lancent les slogans s’enchaînent sans toujours présenter leurs organisations. Là aussi les messages sont divers, les formes d’expressions également. À un moment il y a même deux foyers de sens : un des organisateurs lit un texte au mégaphone alors qu’à quelques mètres de là un arc de cercle s’est crée avec les banderoles derrière lesquelles toute une partie des participants scandent des slogans. Alors que les journalistes audio se rapprochent de l’orateur, ceux qui veulent des images se dirigent vers les banderoles. Durant ce deuxième rassemblement, les slogans faisant consensus (Israël terroriste,…) se confirment, tout comme ceux s’exprimant mais posant problème aux organisateurs, notamment les slogans religieux, Allah Akbar et autres. Le rassemblement se transformant en marche, les slogans devenaient plus le fruit de groupes réussissant à les faire émerger et à les maintenir localement. À ce deuxième rassemblement, les organisateurs ont déjà pris comme objectif de prendre un certain contrôle sur les sens que peut prendre la manifestation, ils souhaitent avant tout que la dimension religieuse s’exprime le moins possible. Les méthodes utilisées pour cela restent rudimentaire : il s’agit surtout de rester vigilant aux slogans et de proposer des slogans alternatifs, un mégaphone pouvant aider.

Les rassemblements des 30 et 31 décembre (je n’étais là pas pour le 1er janvier) maintiennent la pression, mais le nombre baisse. Par répétition, les organisateurs instituent leurs positions (même lieu pour les orateurs au mégaphone, mêmes intervenants, mêmes slogans lancés,…). Si dans ces conditions la gestion du sens semble plus simple, on peut remarquer quelques signes de fermeté à l’égard de la dimension religieuse. Par exemple, alors que pour clore les rassemblements, certains participants musulmans entamaient une série d’allah akbar, les organisateurs ont insisté pour clore eux-mêmes les festivités en demandant de se disperser dans le silence, le répétant au besoin au premier allah… Dans l’enchaînement des rassemblements s’est institué peu à peu un ordre, où les organisateurs revendiquaient un monopole des sens à donner au rassemblement. Ces méthodes se sont mises en place, ont été utilisées en premier lieu contre l’expression de l’indignation sous sa forme religieuse : il s’agissait de ne pas laisser de place aux invocations et aux allah akbar. La recherche d’une crédibilité, d’une respectabilité perçue comme la seule façon d’être entendus et pris en compte, appuie cette volonté d’établir un ordre centralisé, et les outils nécessaires pour le réaliser. L’anticipation d’une couverture médiatique bourgeoise dévalorisant l’ensemble de la mobilisation en focalisant sur quelques moments où s’expriment les convictions religieuses participent également à cette tendance.

Finalement c’est une certaine peur qui pousse à la prise de contrôle, à la centralisation des prises de décision : la peur d’un sens de la mobilisation, illusoirement univoque, qui leur échappe et remettrait en jeu la légitimité de l’action. Il faut évidement noter que les relations avec le pouvoir d’État favorisent ce mouvement en demandant une centralisation des responsabilités. Peur d’une base aussi qui serait potentiellement prête à tout et surtout du pire, car dans tous les cas, le rassemblement échappe aux participants, ou plutôt les individus révoltés deviennent des participants, à canaliser et contrôler, et ce pour les organisateurs comme pour l’État. La foule, indistincte, répondrait à l’appel, leur mobilisation en serait presque rendue passive.

La question qui reste est donc : comment un processus d’établissement d’un ordre centralisé, dans un premier temps tourné vers l’expression de la religiosité, va se répandre et se déployer sur la diversité des manières d’exprimer son soutien au peuple palestinien dans sa résistance ? La réunion de la veille de la manifestation, à laquelle j’ai participé, a montré comment les différentes craintes s’entremêlent pour aboutir à une centralisation poussée. La peur de la couverture médiatique encore, avec l’envie de diriger les journalistes vers le camion, pour éviter l’antisémitisme ou la réduction religieuse ; la peur des « casseurs », la peur des banderoles antisémites ; la peur de slogans communautaires ou religieux… Après la centralisation des slogans, les discussions sur les récoltes de dons et des ventes de keffiehs se règle par la même tendance. Une volonté de contrôle s’exprime à plein, les multiples craintes, résurgence en partie de l’idéologie dominante, faisant tendre vers la constitution d’une illusoire homogénéité de la manifestation et justifiant un ordre centralisé. C’est ce processus qui a amené à la tentative d’instaurer un ordre dirigiste et centralisé, exprimant une volonté de rendre homogène et univoque cette manifestation du samedi 3 janvier. C’est ce qui a entraîné le choix de ne laisser dans le cortège que les symboles se rapportant à la cause palestinienne, qui reste un nationalisme, et au soutien à la résistance (d’où les slogans ou banderoles sur le Hamas et le Hezbollah).

En suivant cette tendance, ce n’est pas seulement tous les effets de l’homogénéisation et du pouvoir centralisé qu’il faut redouter. Car en plus de déployer les outils de la maintenance de l’ordre, cet objectif est autant illusoire que tout contrôle total, qui plus est devant une manifestation de cette ampleur ; il tend donc à s’accroître. Si j’ai participé vers la tête du cortège, là où le contrôle direct pouvait le mieux se concrétiser, je n’ai pas pu voir comment il se diffusait ou non tout au long de la manifestation ; mais même au devant, le contrôle n’est pas total et on ne peut pas empêcher tout le monde de brandir une petite création faite maison. Même au plus près du pouvoir, une certaine diversité des engagements s’exprimaient. Reste que ce pouvoir est forcement répressif, interdisant certains symboles d’engagement, tant politiques que religieux, (et parfois plus le premier que le second).

Reste que c’est en participant à ces mobilisations, et à leur organisation, que peut se comprendre les logiques qui justifient et rendent possible l’instauration d’un ordre centralisé. Parce que le sens et l’organisation n’est en fait jamais donné en avance, c’est également en y participant que d’autres manières de gestion du (des) sens des mobilisations collectives pourront émerger. C’est pris dans des tensions paradoxales, entre les peurs et le pouvoir, entre la revendication de la parole légitime et respectable face aux massacres israéliens et l’anticipation de la stigmatisation par les médias dominants, que le centralisme est apparu peu à peu durant cette semaine, pour chercher à s’entendre ce samedi 3 janvier 2009.

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Rubrique : {Résistances et solidarités internationales}

À Gaza, c’est l’horreur, mais les manifestations partout dans le monde, un réconfort

Le mardi 6 janvier 2009 par Just Pothin

« Nous savons désormais, nous Palestiniens, qu’il y a, au-dehors, de nombreuses personnes humaines qui sont à nos côtés. »

« Les habitants de Gaza sont vraiment surpris par l’ampleur sans précédent des manifestations populaires et des rassemblements de protestations à travers le monde, ce qui va droit au cœur du peuple palestinien actuellement cruellement attaqué. Pour eux c’est comme une lumière qui luira au bout de ce très sombre tunnel. Inversement, les gens, ici, sont très indignés par les réactions des gouvernements partout dans le monde. »

On voit dans ce que dit Rami Almeghari, journaliste palestinien habitant la bande de Gaza, que les gouvernements ne sont en rien représentatifs de la volonté des peuples, pas le moins du monde.

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Lyon - 3 janvier 2009 - Manifestation de 15.000 personnes contre les massacres d’Israël à Gaza

« Personne parmi les gouvernements ne se soucie de nous, comme si nous, les Palestiniens, venions d’une autre planète, comme si nous n’étions pas des humains. »

Les gouvernements des États dit démocratiques sont complices et de fait soutiennent Israël dans la barbarie raciste de cette guerre contre le peuple palestinien sous occupation, dans l’extrême sauvagerie de l’armée israélienne contre les habitants de la bande de Gaza.

« Assez de ronds de jambes hypocrites de Sarkozy pour faire patienter l’opinion pendant qu’Israël commet son massacre à Gaza ! » écrit le Collectif 69 de soutien au peuple palestinien. Pour obtenir la paix, il n’a pas besoin de se pavaner. « Sarkozy n’a pas besoin de voyager, de son bureau il peut peser sur l’agresseur en respectant tout simplement le droit international et les attendus des accords Israël / Union européenne en sanctionnant l’état d’Israël. »

« La politique du deux poids et deux mesures est intolérable. » Comme est intolérable cette impunité que l’on accorde à Israël, et qui est criante au sein des différents médias dominants français, tous à la botte du pouvoir. Les journalistes que l’on entend à la radio et à la télé sont aussi complices de cette guerre infâme.

Ce qui se passe est une effroyable injustice. Le droit international est bafoué continuellement par Israël. « Il n’y a jamais aucun respect du droit international quand il s’agit de victimes arabes et musulmanes. » écrit Silvia Cattori, une journaliste suisse qui a réussi à joindre Rami Almeghari le soir du dimanche 4 janvier 2009. Voici ce qu’il écrit.

Gaza, l’horreur

« Ma famille est de Karatiya village à quelques kilomètres de la bande de Gaza, dans ce qui est maintenant appelé Israël. Karatiya est l’une des 450 villes de la Palestine historique qui ont été nettoyées par les milices sionistes en 1948, entraînant le déplacement de ma famille ainsi que des centaines de milliers d’autres Palestiniens.

Je vis maintenant dans le camp de réfugiés de Maghazi dans la bande de Gaza, qui est actuellement bombardé par Israël avec des avions F-16 américains.

La situation ici est très, très dangereuse. Indescriptible. Même nous, reporters journalistes, nous n’arrivons plus à suivre les nouvelles. Elles arrivent alarmantes seconde après seconde. Je fais de mon mieux pour savoir ce qui se passe dans les différentes zones.

Toutes les communications sont coupées ; tout le réseau de communication de Gaza a été endommagé. Je peux communiquer un peu car je suis branché sur un groupe électrogène. J’utilise la plupart du temps mon ordinateur quand il y a de l’électricité. Et il y a des coupures d’électricité qui se prolongent tout au long de la journée. Mais le groupe électrogène a besoin de carburant, ce qui est rare ici, car tout est verrouillé, Israël a fermé complètement la frontière de la bande de Gaza. Dans peu de temps je vais manquer de carburant pour faire fonctionner le groupe électrogène et l’ordinateur ; ce sera catastrophique, car je suis journaliste.

C’est une véritable catastrophe ! Nous sommes immobilisés à l’intérieur de nos foyers. Tout est paralysé. Il n’y a rien qui bouge, hormis les ambulances qui transportent les morts et les blessés parmi seulement ceux qui peuvent être évacués. C’est une situation désastreuse et personne ne peut savoir ce que cela va encore nous réserver. C’est une terrible injustice faite aux Palestiniens ! »

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Al Daraj, banlieue de Gaza-ville - 27 décembre 2008 12h15

« Comment ces gens, les Israéliens, qui disent être civilisés peuvent-t-ils se conduire de la sorte ? »

« C’est une vraie guerre. Une guerre très épuisante et traumatisante psychologiquement. La nuit dernière, les forces israéliennes ont envahi la bande de Gaza et il y a de violents combats dans le nord et à l’est de la ville de Gaza. L’invasion terrestre a frappé d’abord le nord de Gaza. C’est à Jabaliah qu’il y aurait eu les plus violents combats.

Dans l’est de la ville de Gaza, il y avait des affrontements dans Shajaiyeh. L’armée israélienne a divisé la bande de Gaza en deux, c’est en effet confirmé. Les chars israéliens se sont avancés encore plus loin à l’intérieur de la bande de Gaza aujourd’hui, et selon des témoins, des chars sont présents à l’ancienne colonie israélienne de Netzarim, au sud de la ville de Gaza. La nuit tombe sur la bande de Gaza autant que les bombardements israéliens qui se poursuivent sur les différentes zones de cette région. Le nombre de victimes depuis l’invasion terrestre est, malheureusement, de plus de 50 tués, et de plus de 200 autres blessés. Parmi les personnes tuées il y aurait 15 enfants.

L’une des frappes aériennes a touché une maison dans le quartier Al-Touffah de la ville de Gaza, coûtant la vie d’une maman et de ses quatre enfants à l’intérieur de leur maison. En outre, ce matin, les forces israéliennes ont pris pour cible le marché Firaz, très populaire, à proximité de l’hôtel de ville de Gaza. Cinq personnes ont été tuées et plus de 15 autres blessées.

Ils sont toujours en train de bombarder et de tout raser. Les autorités d’Israël ont dit qu’elles allaient encore engager plus de troupes. Comment ces gens qui disent être civilisés peuvent-t-ils se conduire de la sorte ? Quel genre de civilisation est-ce ? »

Israël largue des bombes à uranium !

« Il est à signaler que les Israéliens utilisent des bombes à uranium appauvri. Beaucoup de médecins dans les hôpitaux rapportent que des ecchymoses, des brûlures et des fractures sur le corps des blessés et des morts proviennent de ces types d’armes illégales. En effet les bombes à uranium sont interdites en vertu du droit international. Déjà, dès 2004, l’armée israélienne avait utilisé des bombes à uranium appauvri. Cela a été publié. Mais aucun État n’a jamais condamné Israël. »

La lutte des Palestiniens : résister pour exister

« À la suite des combats dans le nord de la bande de Gaza, on signale qu’une douzaine de soldats israéliens ont été blessés, en plus de soldats et d’officiers qui ont été tués, ce qui a été confirmé par les médias israéliens. Cela indique que la lutte de la résistance s’intensifie, notamment avec le Hamas, le parti au pouvoir, qui a été attaqué par Israël au cours des deux dernières années et demie.

Tout cela nous frappe si durement parce qu’un mouvement religieux est arrivé au pouvoir par les urnes ! C’est vraiment paradoxal ! Que ceux qui nous gouvernent soient islamiques ou pas, la Palestine représente une situation unique qui devrait être traitée avec tact. Très délicatement. Mais les pouvoirs qui participent à notre écrasement ne veulent pas l’entendre, ne veulent pas nous traiter avec compréhension. Malheureusement pour nous, il y a des gouvernements arabes et des partis palestiniens (le Fatah et les autorités corrompues de Ramallah financées par l’Union européenne et les Etats-Unis) qui aident l’occupant à nous écraser.

Le Hamas, ce n’est pas un gouvernement ; Gaza, ce n’est pas un pays. Israël et la communauté internationale ont empêché le Hamas, une fois élu, d’avoir un réel gouvernement et des moyens de faire fonctionner les institutions. Il a fait du mieux qu’il a pu avec le peu de moyens dont il dispose. »

Inébranlables, malgré la peur, ces Palestiniens !

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Abasan, près de Khan-Younès, sud de la bande de Gaza - 17 novembre 2006

« J’ai constaté que mes voisins ont beaucoup de patience face à ce qui se passe actuellement. Ils n’ont aucun endroit où aller et ils restent près de leur domicile, en supposant bien que le pire est encore à venir. Néanmoins, ils disent qu’ils ont la volonté ferme de rester dans leur pays, dans leur quartier et dans leur maison, même si Israël détruit complètement la bande de Gaza. Ces personnes sont des réfugiés depuis six décennies et ce conflit est l’un parmi d’autres de leur existence. Les Israéliens ne veulent pas que les Palestiniens existent et ils espèrent qu’ils partiront en Égypte et en Jordanie. Les réfugiés palestiniens le savent bien et ils ont la volonté inébranlable de rester sur leur terre.

Nous sommes nés ici ; nous ne pouvons pas partir ; nous n’allons pas partir, même s’ils tirent au-dessus de nos têtes et détruisent nos maisons. Je ne partirais pas. Où aller ? Là où le régime égyptien va me torturer ? Me réprimer encore plus que les Israéliens ? C’est un régime très répressif.

Un de mes voisins a dit que, même si Israël détruisait complètement la bande de Gaza, il y a des millions de Palestiniens en dehors qui pourraient simplement continuer la lutte contre l’occupation israélienne. Je ne dis pas ça pour être sentimental, mais c’est ce que les gens disent. Les gens ont peur pour leur vie, mais ils sont beaucoup plus préoccupés par leur existence en tant que peuple, par leur patrie, par leur histoire et par leurs racines dans cette partie sacrée du monde. »

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Rami Almeghari a 31 ans. Il écrit entre autres sur le site Electronic Intifada. Il peut être contacté à Gaza par internet (en anglais, ou en arabe) :
rami_almeghari (Arobase) hotmail.com

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NOTES :

[1] "à cha peu" expression lyonnaise : petit à petit

[2] Pierre Martin dit "Le bossu" : militant anarchiste, antimilitariste et pacifiste. Il naît le 16 août 1856 à Vienne (Isère), et travaille dès l’âge de 6 ans dans l’industrie textile. En 1879, il prend part à une très dure grève de 5 mois, et dès lors devient un militant important du mouvement anarchiste. Orateur de talent, intelligent et généreux, il suscite l’enthousiasme des ouvriers. En 1880, à Vevey, il prend part à une réunion de la "Fédération jurassienne" et participe l’année suivante au congrès de Londres. Mais après l’agitation sociale des mineurs de Monceau-les-Mines et l’attentat de la place Bellecour à Lyon, en octobre 1882, il est arrêté avec de nombreux autres compagnons, dont Kropotkine. Au total ce sont 66 militants anarchistes qui comparaissent le 8 janvier 1883, devant le tribunal de Lyon. Ils sont accusés d’avoir fait acte d’affiliation à l’Internationale (alors interdite en France).Condamné à 4 ans de prison, Pierre Martin est interné à la centrale de Clairvaux. Libéré en janvier 1886, il reprend ses activités militantes. Arrêté de nouveau avec 18 autres anarchistes (hommes et femmes) après les émeutes du 1er mai 1890, à Vienne, il est condamné à 5 ans de prison qui seront réduites en appel à 3 ans, mais qui altèrent gravement sa santé. Libéré en août 1893, il se fixe un temps à Romans où il milite avec sa compagne Fanny CHAUMARET (anarchiste comme lui) dans les groupes de la Drôme. En 1894, après le vote des "lois scélérates", il est une nouvelle fois arrêté comme anarchiste mais finalement libéré après 3 mois de prison. Interdit de séjour dans la Drôme, il devient photographe ambulant. En 1906, il est encore inquiété par la justice après avoir signé une affiche antimilitariste ; en 1910, durant la grève des chemins-de-fer ; en 1912, pour incitation à la désobéissance, etc. A Paris, où il se fixe, il devient administrateur du "Libertaire". Inscrit au "Carnet B", il s’oppose durant la guerre à "l’union sacré" et au "Manifeste des 16", participant aux côtés de Sébastien Faure et de Louis Lecoin à l’action pacifiste, et ce jusqu’à sa mort survenue le 6 août 1916 au siège du "Libertaire" à Paris.

[3] Toussaint Bordat : militant anarchiste lyonnais né le 11 juillet 1854 à Chassenard (Allier). Engagé à 16 ans, il participe aux combats de l’armée de la Loire en 1870. Il se fixe ensuite à Lyon et y devient canut (ouvrier tisseur) de la Croix-Rousse. Son engagement politique se situe alors au sein du "Parti ouvrier socialiste" dont il est une figure marquante. Mais, en désaccord avec la ligne guesdiste (marxiste et électoraliste), il crée en 1881, le "Parti d’action révolutionnaire", qui se rallie à l’anarchisme. Le 18 juin 1882, lors d’une manifestation en souvenir de la sanglante répression des mineurs de la Ricamarie, il est condamné suite aux violences qui s’y déroulent à un mois de prison. En 1882, il collabore au journal anarchiste lyonnais "Le Droit social" puis à "L’Etendard révolutionnaire" qui lui succède. Partisan de l’action directe, il justifie, par l’écrit et la parole, les actions de la "Bande noire" de Montceau-les-Mines contre les édifices religieux. Le 14 octobre 1882, il est arrêté et inculpé avec d’autres militants de "reconstitution d’une internationale révolutionnaire". Le procès monstre dit des "66" se déroule début 1883, il y est condamnée à 4 ans de prison et à une forte amende. Il ne sort qu’en janvier 1886, pour reprendre ses activités révolutionnaires qui lui valent à nouveau quelques mois de prison et une interdiction de séjour. Il se fixe alors à Vienne puis à Narbonne où il organise, en 1897, les conférences de Sébastien Faure.


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