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Une soirée de violences policières à Lyon

Publié mardi 16 octobre 2007
 

Vendredi soir à 2 heures du mat’, on sort d’un bar célèbre sur les pentes de la Croix-rousse et passons par le Jardin des Plantes. Ambiance baba-cool, accordéon, chanson française. C’est très sympa, je prends la guitare et joue un morceau avec les gens présents. J’entends des crissements de pneus et vois surgir 3 brassards oranges qui se dirigent vers nous d’un pas rapide. Je comprends, je pose la guitare et annonce qu’il va falloir se tirer rapide. Les gens sont un peu étonnés des moyens employés, on est mis en joue par un flashball, un agent de la BAC fait tournoyer son tonfa, l’autre montre son envie de se servir de sa gazeuse lacrymo.

Mais les jeunes sont très compréhensifs et respectueux de l’ordre et s’éloignent. L’un de nous demande des explications à un type de la BAC, celui qui parait le plus calme et entend dire qu’il y avait des plaintes et qu’ils sont obligés d’employer la force pour dissuader. Jusque là, "comme d’habitude".

C’est alors qu’une deuxième voiture de la BAC arrive et 4 policiers foncent dans les 10 jeunes restés là (qui étaient en train de partir le plus calmement du monde).

Changement radical de ton. Bousculade des jeunes, expulsion des curieux à base de « restez pas là ! vous êtes ivres ! vous dégagez ou c’est 12 heures de garde à vue ! » [1].

On obtempère, prenant la menace au sérieux. On est très énervé d’autant plus que pour le groupe de jeunes ça chauffe. Ils se font gazer sur l’allée centrale du jardin des plantes et les tonfas voltigent (est-ce qu’il y’a eu des coups ? Impossible à savoir). Une autre voiture de flics (en uniforme) arrive et fonce dans le tas aussi !

Important à préciser : le tas n’est pas une émeute, simplement des sportifs à brassards qui répandent leur testostérone à coup d’insultes et de matraques à des jeunes apeurés qui se sauvent et finissent par protester, du genre « non, c’est pas juste, vous avez pas le droit ». Ecoeuré, j’ai la mauvaise idée de lancer un slogan antisécuritaire (« le tout sécuritaire ne nous fera pas taire, qui sème la misère... »), j’insiste sur la mauvaise idée car si ça m’a défoulé moi, ça a encore plus tendu la situation [2]. Mais on reste en marge pour éviter de se faire fracasser ; les flics m’ont repéré grâce à mon goût prononcé pour le slogan, il faut se casser...

On entend crier au Jardin des Plantes, c’est une copine qui pète un cable. Une autre personne est au sol, maintenue par les culturistes à gazeuse et elle a l’air de pas mal dérouiller. On se rapproche pour aller chercher la copine. Et on fait connaissance avec une brigade de 4 flics en uniforme avec des chiens !

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Leur mission est de faire évacuer les lieux et d’empêcher un nouvel attroupement (il ne restaient plus qu’une dizaine de personnes à ce moment). On récupère la copine qui hurle et se met en danger, ainsi qu’un autre pote prêt à se faire embarquer avec son ami. Plus de sommation, les flics nous tapent à coup de matraque et les chiens (muselés et en laisse) nous grimpent dessus en aboyant. Je n’avais jamais connu ça, mais il me semble que l’usage des chiens comme instrument de terreur est un des trucs les plus redoutables que j’ai jamais vu. Je flippe et fait semblant d’appeler un avocat pour les impressionner (encore une idée à la con). Un deuxième chien met ses pattes sur mes épaules et aboie dans mes oreilles. J’ai peur, je perds mon portable. Je crie, je veux mon téléphone.
Situation absurde : le type qui me harcèle avec son chien estime que ma dignité est en jeu, ramasse mon téléphone et me le tend. Qu’est ce qu’elle est humaine la police française !

Il n’est plus temps de traîner, et notre statut de calmeur de jeu nous permet d’emmener les potes qui deviennent dingues, hurlent et s’exposent trop près des matraques. Ca nous permet aussi nous de nous dégager jusqu’au bout de la rue, presque chez nous. Je me demande encore si j’ai eu raison de calmer des gens qui avaient le droit d’avoir des explications. Mais la violence et la haine des pandores n’ont pas permis la réflexion ("le côté obscur trouble la vision" disait maître Yoda).

Une chose est sûre, aujourd’hui à tête reposée : nous avons fait les frais d’un entraînement en temps réel, d’une répétition générale du dispositif anti émeute mis en place à la veille de la demi finale de la coupe du monde de rugby. Tout y était : coordination des équipes avec des équipes qui interpellent, un dispositif anti attroupement et dispersant avec les chiens.

J’espère que d’autres ne feront pas ce genre de mauvaise rencontre dans les jours à venir.

Il y a mieux à faire que passer notre vie à subir !

[1] pour ivresse ? C’est cher payé, mais c’est déjà arrivé.

[2] les jeunes se sont fait expulser du parc et il semble que la 3ème équipe de flics a embarqué des gens à terre.


Forum

  • Une soirée de violences policières à Lyon
    Le 14 octobre 2007 vers 20 h
    malheuresement ce type de fait est devenue tristement commun, l’agressivité policière est la norme. La rue doit etre "propre" et lavé de ses éléments indésirables. Et ce n’est pas avec les drones, les caméras supplémentaires, etc que ça va s’arranger. Il faudra relever là tête avant qu’il ne soit trop tard, et ça ne saurait tarder. En attendant la police use de violence, fait des rafles, jette les gens, persecute ceux qui ne rentre pas dans la norme, tout les soir à lyon ! Des mecs qui boivent un coup jardin des plantes ou sur les quais du rhone virés à la matraque et à la lacrymo aux contrôles façon gestapo au metro guillotière ou place bahadourian en passant par la criminalisation des mouvements sociaux et des militants... IL EST TEMPS DE REAGIR !!
    • Une soirée de violences policières à Lyon
      Le 15 octobre 2007 vers 00 h

      Dans ce genre de situation, quelles phrases faut il prononcer pour calmer le jeu ?

      Comment faire prendre conscience qu’on ne peut pas laisser les gens se faire taper dessus ? Que la presse et la police des polices existent.

      Prononcées sur un ton calme, neutre et déterminé, quelles phrases peuvent avoir de l’effet ?

  • Une soirée de violences policières à Lyon
    Le 15 octobre 2007 vers 18 h, par gg
    Je suis passé par là ce soir là en revenant d’un bar ou se déroulait un concert... j’ai aussi été scandalisé par le comportement des "forces de l’ordre", manifestement ils avaient envie de se défouler et à mon avis c’était eux les plus dangereux et les plus saouls... j’avoue ne pas avoir fait de vieux os, vu que nous portions des instruments de musique fragiles et que les gens semblaient se replier pacifiquement. Le comportement des flics était ultra-violent alors que manifestement les jeunes gens qui étaient là n’ont fait que râler sans réelle opposition physique. J’ai vu un ou deux policiers balancer des coups de matraque complètement injustifiés dans le tas. J’espère qu’il n’y a pas eu de blessés.
  • Comparution immédiate
    Le 15 octobre 2007 vers 22 h, par Coc

    Il semble que deux personnes se soient fait arrêtés ce soir là. L’une des deux personne est passée en comparution immédiate ce lundi devant un Tribunal réputé pour sa sévérité...

    Courage aux inculpés.

    • Comparution immédiate
      Le 16 octobre 2007 vers 01 h

      Un seul garçon de 23 ans est passé en comparutions immédiates aujourd’hui, lundi 15 octobre. Verdict à 21h40 : un mois avec sursis. Il est sorti après la levée d’écrou ce soir à 23h20. Ouf... pour lui. Mais il a passé quand même 3 jours enfermé pour que dalle ! Il a ramassé de grosses beignes dans la figure surtout au commissariat de la place Sathonay, sans parler d’incessantes humiliations.

      Pour l’autre personne probablement interpelée, le procureur a dû demander la sortie de garde à vue soit sans rien, soit avec convocation pour un procès plus tard. En tout cas il n’est passé en comparutions immédiates. Si quelqu’un(e) a des nouvelles merci de nous faire signe.

      • Comparution immédiate
        Le 21 octobre 2007 vers 20 h, par jojo
        salut a tous, moi mon frere y étais et il l’on embarquer parsequ’il voulais aider ses potes qui se fesait masacrer a coup de matraque, il l’on mis une nuit en selule de dégrisement alor qu’il n’étais pas en "piteuse état" ...

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