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L’Insoleuse expulsée : récit d’une réoccupation

Publié vendredi 18 mai 2007
 

Mercredi 7 mars à 8h30, les flics débarquent à l’Insoleuse, accompagnéEs d’un huissier et d’un serrurier pour expulser les occupantEs. Du monde est rapidement appelé en renfort afin d’évacuer toutes les affaires et le matériel accumulés dans les lieux depuis cinq mois. En l’espace d’une heure, plus de quarante personnes et une dizaine de véhicules sont là de sorte que tout a pu être sauvé avant l’évacuation définitive. A ce moment là, personne ne sait si l’expulsion est légale, l’huissier ayant refusé de présenter le titre de l’expulsion et aucun procès n’ayant eu lieu à la connaissance des habitantEs. Ce n’est que le lendemain, en téléphonant au service des expulsions locatives de la préfecture, que l’on apprend qu’une ordonnance sur requête a été ordonnée le 14 décembre dernier (cette procédure, anonyme et non contradictoire, permet au propriétaire de faire expulser un squat sans que les occupantEs ne s’en rendent compte et ce dès que le jugement a eu lieu).

Le vendredi 9, une réunion a lieu au Boulon et à laquelle plus de 60 personnes participent. La proposition qui est faite est de réoccuper l’Insoleuse juste pour le weekend afin de maintenir le concert prévu le samedi soir et de montrer aux flics qu’ils ne peuvent pas faire exactement ce qu’illes veulent. La réoccupation est décidée pour le soir même et deux équipes sont formés  : la moitié des personnes présentes rentrera dans le lieu dès la fin de la réunion, et l’autre moitié s’occupera de la logistique depuis l’extérieur.

La nuit du vendredi a donc été passée à barricader toutes les entrées de l’Insoleuse avec tout ce qui était disponible dans les lieux. A 7hoo du matin, tout est terminé, des équipes de guets sont formées afin de surveiller la rue pendant que les autres dorment. Vers 11h00, tout le monde est réveillé en catastrophe, les pompiers sont montés au deuxième étage avec leur camion à échelle et ont surpris l’un des guets. Branlement de combat, tout le monde s’attend à ce que les flics débarquent en force. A l’extérieur, et tandis que les pompiers s’en vont, des équipes de guets, en contact permanent avec l’extérieur, sillonnent le quartier à pied et en vélos.

Vers midi, le gardien chargé de la sécurité et un de ses collègues essayent d’ouvrir la porte de devant sans y parvenir. Ils restent devant le bâtiment plus d’une heure. A l’intérieur, tout le monde est sur les nerfs, il faut absolument tenir jusqu’à 18h00, heure à laquelle les renforts doivent arriver (on attend au moins 100 personnes). Le reste de l’après midi est passée dans l’anxiété mais les flics n’ont pas l’air de montrer leur nez.

Un peu avant 18h00, et alors que plus de 50 personnes sont rassemblées sur la place des maisonneuves et prêtes à rentrer, une patrouille de flics se gare devant l’entrée principale. Dedans c’est l’inquiétude, comment faire rentrer les autres sans que les flics s’en rendent compte. S’en suit une suite de malentendus entre ceux chargés de faire rentrer le groupe par l’arrière du bâtiment, ceux qui surveillent la porte d’entrée, avec qui le contact est coupé, et touTEs les autres, rassembléEs au deuxième étage et aveugles. Lorsque finalement le groupe parvient à rentrer, l’info de leur arrivée est transformée en « les flics sont rentréEs ! » Au deuxième étage c’est vraiment la panique, tout le monde est persuadé que ce n’est pas le groupe mais les flics qui sont rentréEs et, au moment où la décision de soit monter sur le toit, soit se barrer par derrière va être prise, le groupe fait son apparition… Le deuxième groupe, composé également d’une cinquantaine de personnes parvient également à rentrer une heure plus tard de sorte qu’à 19h30, plus de 120 personnes occupent l’Insoleuse. Les flics sont toujours devant, mais en nombre restreint et ne semblent rien vouloir tenter. Vers 20H00, l’équipe chargée de discuter avec eux leur explique que nous sommes très nombreux/euses à l’intérieur, que nous ne comptons rester dans les lieux que pour la soirée et qu’en conséquence, l’intérêt pour tout le monde est qu’aucune intervention n’ait lieu ce soir là. A part une ou deux patrouilles qui feront de timides apparitions pendant la soirée, on ne les verra plus de la nuit.

Le concert a donc eu lieu (presque) normalement, mis à part l’absence de GRZZZ et d’Ethnopaire, qui ont préféré ne pas risquer leur matos. Lexomyl et Passion Armée, les deux groupes qui répétaient à l’Insoleuse, les ont remplacés au pied levé accompagnés de Daïtro (avec une formation spéciale sans leur chanteur), d’un split mythique IRD-Coche Bomba (en la personne d’Yvan Brun)- Lexomyl, et pour finir, le groupe Mammouth, venus exprès de Bruxelles eux aussi sans leur chanteur.

A 3H00 du matin, tout le monde était parti, tout le matériel récupéré, et le maximum de mobilier qui n’avait pu être repris le jour de l’expulsion posé dans la rue. Cette brève (mais intense) réoccupation fait écho à la réoccupation de force du Clandé à Toulouse à l’automne dernier et aux nombreuses actions menées un peu partout dans le monde en solidarité au squat danois Ungdomshuset. Elle s’inscrit dans cette même volonté offensive de lutter pour ces espaces hors contrôles et nous rappelle que si nous sommes suffisamment nombreux/euses et suffisamment énervéEs, rien ne nous empêche de faire exactement ce qu’on veut.

Sur la façade extérieure, tout en haut du bâtiment, les mots “1 squat fermé, 10 squats ouverts” et “ l’Insoleuse Ungdomshuset, guerre sociale” resteront inscrits jusqu’à ce que le bâtiment soit détruit.

Squatatakfromouterspace


Forum

  • L’Insoleuse expulsée : récit d’une réoccupation
    Le 18 mai 2007 vers 21 h
    http://www.dailymotion.com/relevance/search/insoleuse/video/x1fb6o_insoleuse-deconstructing-party

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