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LE PRIX DU VENT Paul, octobre 2008.
L’ACHEVEMENT D'UN MONDE SUICIDAIRE
Répandre la peur pour cacher les richesses Lukas Stella, octobre2008.
CONFÉRENCE (extrait) Heinz von Foerster.
RIDEAU ! Paul, septembre 2008.
PARTOUT ET NULLE PART Lukas Stella,
STRATAGÈMES DU CHANGEMENT,
de l'illusion de l'invraissemblable à l'invention des possibles, Chapitre I, août 2008.
(Sortie en janvier 2009 aux Éditions Libertaires)
SUR LA SÉMANTIQUE GÉNÉRALE
Kourilsky-Belliard, Edward T. Hall, Alfred Korzybski, A.E. van Vogt, Bernard Wolfe, Gregory Bateson (extraits).
L'HOMME UNIDIMENSIONNEL
Herbert Marcuse, extraits de la préface à l'édition française, 1967.
LA SOCIÉTÉ DEVIENT ELLE-MÊME CRIMINELLE
Extrait d'un entretien avec le journaliste Denis Robert
LE SPORT, DE LA PUBOLITIQUE TOXIQUE Lukas Stella, 2008.
LA BIODIVERSITÉ LOURDEMENT CONDAMNÉE
Raoul JACQUIN, 2008.
JE SUIS UN DÉMOCRATE, JE SUIS UN CONNARD
Déclaration de principes d’un intellectuel espagnol (Santiago Alba Rico, 2008).
COMME UN TROUPEAU Paul, février 2008.
OU EST PASSÉ LE TROU DE LA SÉCU ? Inventin 2008.
ÉCRAN DE FUMÉE SUR POLUTION Lukas Stella, 2006.
DES BERGÈRES ET DES BERGER OPPOSÉS À LA MÉCANISATION DE LA VIE
2007.
PRIVILÈGES DES LARBINS Inventin, 2007.
COUP DE FIL EN PLEINE GUEULE Inventin, 2007.
NI DÉPENDANCE NI RÉSISTANCE NI PROGRAMME Jules Henry et Léon Léger,
Les hommes se droguent, L’état se renforce, Nantes juin 1974 (Extraits).
PLUS MARIONNETTE QUE DICTATEUR Lukas Stella, 2007.
NOUVELLE LETTRE DU BARON PETDECHEVRE
A SON SECRETAIRE AU CHÂTEAU DE SAINT-MAGLOIRE
Jehan-Godefroid-Adalbert-Carolus-Vladimir, Nanterre, 22 mars 2008
UN PARTI CHASSE L'AUTRE Inventin, 2007.
LE GRAND SECRET Paul, 2007.
LA MASSE CACHÉE Disparition des richesses. Lukas Stella, 2007.
SURENCHÈRES SÉCURITAIRES Raoul Vaneigem, 2004.
DRAGONS ET DONJONS Paul, 2007.
STRATÉGIE DU CHANGEMENT Lukas Stella, 2006
L'ÉCOLOGIE Guy Debord (citations).
DANS L'ANGLE MORT DE L'ÉCONOMIE SPECTACLE Clearstream pour quoi faire...
Inventin, 2006.
GUY DEBORD Extrait de la préface à la quatrième édition italienne
de "La société du spectacle", 1979.
ERWIN SCHRÖDINGER Physicien (1887-1961), prix Nobel en 1933 (Extraits).
HEINZ VON FOERSTER (Extraits de "Stratégie de la thérapie brève")
Mathématicien, physicien et philosophe, 1990.
QUELQUES PAS DE PLUS VERS UNE ÉCOLOGIE DE L'ESPRIT (Extraits)
Gregory Bateson, Antropologue biologiste… (1904-1980).
L'ARBRE DE LA CONNAISSANCE (Extraits)
Racines biologiques de la compréhension humaine
Humberto Maturana, Francisco Valera (Docteurs en biologie, Harvard), 1994.
LE CRÉPUSCULE DES FARCEURS Paul, 2006.
GRAFFITI ANTI-CPE Février-avril 2006.
APPEL ANONYME sur Indymédia Marseille, mars 2006.
LE CPE EST MORT, L'ARNAQUE A BIEN MARCHÉ ! Inventin, 2006.
POUR UNE POIGNÉE DE SALOPARDS Lukas Stella, 2006.
LA DÉMOCRATIE SERA GLOBALE, OU NE SERA PAS Paul, 2003.
JEUNESSE EN PÉRIL Paul, 2004.
AU-DELÀ DE LA CULTURE (Extraits) Edward T. Hall (anthropologue), 1979.
NI DIEU NI DARWIN Allaoua, 2005.
DÉPHASAGE La machine à réduire
Lukas Stella (extrait de la brochure "Abordages informatiques"), 2002.
DE L'ORIGINE DES ESPÈCES PAR VOIE DE LA DÉRIVE NATURELLE
Humberto Maturana, Jorge Mpodozis, 1992 (extraits).
LE RÊVE DE LA RÉALITÉ Heinz Von Foerster et le constructivisme
Lynn Segal, 1988 (Extraits).
LE RETOUR DU GRAND MÉCHANT LOUP Paul, 2006.
JOURNAL IMAGINAIRE Raoul Vaneigem, 2006 (Extraits).
DU VERT À TOUS LES ÉTAGES Introduction à la critique de l’écologie politique, Paul, 2004.
 
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LE PRIX DU VENT
Paul, octobre 2008.
« Je vais pour affaires pressantes, ainsi trêve de parade ; vous aurez soin
du peuple ; plumez-le bien dans mon absence ; car nous dépensons beaucoup,
et on ne sait pas ce qui arrivera ».
(Samuel Beckford, Vathek)
« C'est du bon air, mais c'est du vent quand même »
(Robert Bruses, FAO Economics,
à propos du communiqué du G7 du 10 octobre)
Avec le feuilleton de ce qu'il est convenu d'appeler la « crise financière », on en apprend de belles, par exemple que : « le volume des transactions consacrées à l'économie réelle ne représente environ que 2% de la totalité des échanges monétaires » (Le Monde, 12 octobre 2008) Faut-il en déduire que 98% du pognon circulant dans le monde se trouve dans une autre sorte d'économie ? Virtuelle ? Irréelle ? Surréaliste ? Mafieuse ? Les journalistes qui emploient de semblables expressions ont probablement trop joué sur des consoles de jeux vidéos : ils croient que la fiction est un domaine de « réalité virtuelle » face à celui de la vie quotidienne. Cela signifie-t-il que 98% du fric existant sur la planète n'est en fait qu'un argent de fiction : autrement dit, une « monnaie de singe », un peu comme les billets de Monopoly® ? Mais alors qu'est-ce que l' « économie réelle » ?
Le mot « économie » vient du grec oikonomia, qui signifie « gestion de la maison ». Alors on comprend mieux : l'économie réelle, c'est celle de la maison. C'est la gestion du porte-monnaie. Ce qu'il faut acheter pour manger, se vêtir, se loger, en face de ce qu'on gagne. En Aquitaine, il y a fort longtemps, on mettait son argent dans un petit sac, appelé « bogette ». Les Anglais, qui occupaient à cette époque la région, ont retenu le mot qu'ils ont prononcé à leur façon et il est devenu : budget. C'est là qu'on mettait ses économies réelles et c'est devenu le mot pour désigner ce qu'on en fait. Chacun connaît les difficultés de l'équilibre "budgétaire", surtout lorsqu'il faut boucler les fins de mois. On connaît le prix des choses et les revenus qu'on a. L'équilibre entre les deux nous donne notre « pouvoir d'achat ». Il n'y a rien de très compliqué là-dedans.
L'argent vient du travail, c'est un secret de polichinelle. Sans production de richesses, pas de richesses, et sans richesse, pas d'argent. Il n'y a pas besoin d'être Karl Marx pour le comprendre. Mais l'argent, c'est aussi le Trésor des riches propriétaires, qui récupèrent une partie du travail des autres en ne le payant pas (en le rétribuant moins que ce qu'il rapporte). Quand on en a beaucoup, il ne sert plus à l'économie réelle, car on en a trop pour le dépenser quotidiennement. Alors on s'en sert pour autre chose. Comment faire de l'argent avec de l'argent sans travailler ? On spécule. Par exemple, on achète des denrées et on les revend plus cher. Pour que ce soit possible, on stocke et les prix montent. On peut aussi prêter de l'argent à intérêt et d'autres choses encore. C'est le métier des banques.
La source de la richesse, c'est évidemment le travail, c'est-à-dire la production de biens et de services. La source de la finance, c'est ce que les uns tirent du travail des autres. Pour en augmenter le profit, il faut augmenter la richesse produite ou diminuer le coût de sa production. Payer moins cher les producteurs en améliorant la productivité est le meilleur moyen d'augmenter la plus-value qu'on tire du travail. C'est devenu plus facile en globalisant mondialement l'économie, par exemple en vendant au prix du marché européen des marchandises fabriquées par des ouvriers payés au prix de la main-d'oeuvre sur le marché de l'emploi de pays pauvres. L'énormité des plus-values ainsi réalisées, s'ajoutant aux sommes fabuleuses réalisées grâce aux spéculations sur les sources d'énergie, comme le pétrole, a gonflé la masse globale d'argent bien au delà des possibilités d'achat, même de parts d'entreprises ou de stocks de matières premières. Autrement dit, les bénéfices accumulés par les propriétaires ont dépassé dans des proportions ahurissantes les limites réelles de l'économie. Même en achetant tout ce qui se trouvait à portée, il y en avait trop. Dans le même temps, évidemment, la grande masse des gens s'est trouvée réellement appauvrie. De plus en plus pauvre. Y compris ceux qui, dans un premier temps, avaient cru profiter des retombées financières de cette gigantesque augmentation des profits. Car c'est la loi du capitalisme : le faible est mangé par le fort. Et peu à peu, les petits profiteurs deviennent eux aussi des prolétaires comme les autres. Les « classes moyennes » rejoignent la foule de ceux qui n'ont que l'économie réelle à se mettre sous la dent. A chaque crise, les banques et les fonds d'investissement fusionnent pour ne laisser place qu'aux plus forts (logique célébrée par l'esprit de compétition). Les benêts, qui écoutent trop les médias, croient que c'est bon pour eux parce que ça augmente la « richesse nationale », sans voir que celle-ci leur échappe et qu'on fait de leur chair de dindon de la farce à garnir les beaux plats des festins auxquels ils ne participent pas.
La globalisation a été célébrée en son temps comme la « fin de l'Histoire » (Fukuyama), sorte d'aboutissement heureux du capitalisme triomphant. Les « économistes », agents de propagande qui font croire aux gens qu'il y a des « lois du marché » auxquelles on ne peut pas plus échapper qu'aux « lois de la nature », s'en sont donné à coeur joie pour expliquer que nous arrivions enfin dans le meilleur des mondes. Finies les crises et les aléas des cours du marché : désormais, grâce à la mondialisation de l'économie, la gestion optimum des affaires allait rendre tout le monde, chacun à son échelle, copropriétaire de la richesse mondiale. Ces fariboles, évidemment, n'avaient pas plus de fondement que les balivernes religieuses grâce auxquelles on promet pour l'au-delà le bonheur qu'on ne trouve pas ici-bas.
L'idéal pour les possédants est que le pauvre se croit riche tout en restant pauvre. Déjà, grâce à la religion, on avait fait du père une copie du vicaire de Dieu et de sa famille un petit monde à l'image des dynasties régnantes. Chaque papa était invité à soumettre femmes et enfants pour en faire des citoyens obéissants. Mais il fallait encore le transformer en propriétaire virtuel pour qu'il se croit investi de la mission de soutenir le système social qui profitait de lui. Comme il n'avait pas de capital – et pour cause ! - on allait lui en donner un, virtuel, en lui accordant un prêt garanti sur la valeur de la maison qu'il allait acquérir. Avec de la monnaie de singe, il allait acheter un titre imaginaire. Quiconque a souscrit à un crédit immobilier sait comment ça marche : on paie d'abord les intérêts, et c'est seulement si on arrive au bout qu'on devient propriétaire de la chose. « Les pauvres, disait Coluche, ne peuvent pas payer beaucoup, mais on peut les faire payer longtemps ». Et s'ils n'y arrivaient pas, la spéculation sur la valeur des biens permettait de revendre la maison plus cher. Tout bénéfice pour la banque. Encore mieux : on faisait de le dette du pauvre un titre négociable, garanti par l'hypothèque sur le bien dont la valeur ne cessait d'augmenter. Et ce titre, devenu une marchandise comme une autre, bien que complètement virtuelle, se revendait à plusieurs fois sa valeur dans des circuits financiers compliqués élaborés pour les nouveaux ingénieurs d'une science économique sans fondement.
10.299.050.083 $ : c'était au 11 octobre le montant affiché de la dette extérieure américaine. Pourtant, aucun pays n'est créditeur des dettes des pays riches. La compatibilité mondiale est un bilan truqué. En fait, les fabuleuses sommes qui sont comptées comme actifs des diverses institutions financières du monde entier sont effectivement de la monnaie de singe. A l'exemple des prêts hypothécaires (les fameux subprimes), il s'agit de lignes de crédit dans des listings qui oublient de mentionner qu'elles correspondent à des paris sur l'avenir, des dettes dont le remboursement est étalé dans le futur. Comme si, pour faire avancer le train, on brûlait les traverses de la voie qu'on enlevait plus loin, en espérant pouvoir les remplacer avant d'y arriver. Mais plus le train devient lourd, plus il faut du combustible, et plus le chemin de fer disparaît devant lui. Le capitalisme, pour progresser, doit faire de tout une marchandise : après les denrées extraites du sol, le travail humain, les produits fabriqués, les services rendus, maintenant l'air pur, l'eau potable, voici qu'il fait du temps futur une marchandise titrable sur le marché. L'argent comptabilisé n'est plus seulement celui qui vient de la richesse actuelle, mais celui de demain, sous forme de paris sur la plus-value escomptée. Pourtant, « sur l'avenir bien fou qui se fiera » : en accumulant des titres sur des biens qui n'existent pas encore, le chasseur de bénéfices a vendu l'ours avant de l'avoir tué. Et la bête est repartie dans la forêt.
L'Etat démocratique est la forme politique du capitalisme. Selon les périodes, il joue un rôle plus ou moins important dans la gestion de la finance. Pour les uns, dits ultralibéraux, il doit se contenter d'assurer aux possédants que la masse des pauvres est bien gardée. Pour les autres, dits keynésiens (du nom d'un théoricien de l'économie politique), il doit remplir une fonction de régulateur dans la circulation de la monnaie. Dans tous les cas, il n'est qu'un des rouages d'un système global qui assure la mainmise du capital sur l'ensemble des activités humaines. C'est dire qu'il ne peut guère porter remède aux dysfonctionnements de ce système. En accumulant de la monnaie de singe, le capital a parsemé le cours de son histoire à venir de trous noirs dans lesquels il ne peut que tomber, quelles que soient les mesures conjoncturelles prises pour pallier à telle ou telle de ses déficiences. Ce n'est pas la fin de l'Histoire à laquelle on assiste, mais à quelque chose qui ressemble à la fin de l'histoire du capitalisme, au moment même où les prophètes qu'il payait pour gruger le peuple lui annonçaient sa victoire définitive. Cette fin, n'en doutons pas, est aussi celle de toutes les idéologies qui ont servi de décor à ses différents avatars, comme le capitalisme d'Etat mensongèrement appelé communisme. S'il est une proposition alternative à faire quant aux possibilités pour l'humanité de tirer pour elle-même profit de cette crise, ce n'est certes pas dans les armoires aux vieilleries bolcheviques qu'il faudra les chercher. Le renforcement de l'Etat, notamment par des nationalisations, ne ferait évidemment que précipiter plus avant l'implosion du système financier.
De cette « crise », le monde malade du capitalisme peut sortir vacciné, plus fort, plus vivant, comme il peut succomber, à petit feu, dans une longue agonie, entretenue par les remèdes des docteurs Diafoirus venus à son chevet. Il me semble que le plus urgent serait de couper le cordon qui relie le travail au capital, en retirant aux actionnaires tout droit sur les gestion des entreprises, c'est-à-dire en globalisant la démocratie à toutes les activités sociales : le conseil d'administration de toute communauté humaine, notamment productive, doit être composé des gens qui y participent. Autrement dit, ce ne sont pas aux investisseurs à prendre les décisions concernant le travail, mais aux travailleurs eux-mêmes, sur leur site de production, et non dans des institutions délocalisées. Cette piste était celle qu'en un temps on avait appelé « autogestion », et je n'en vois pas d'autre qui puisse servir d'alternative à la déroute généralisée du capitalisme. Le plus amusant est qu'elle est tout-à-fait compatible, pour ne pas dire plus, avec les désirs de liberté, d'égalité et de fraternité qui sont le fondement du plaisir que les gens gardent, malgré tout, à vivre ensemble.
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L’ACHEVEMENT D'UN MONDE SUICIDAIRE
Répandre la peur pour cacher les richesses
Lukas Stella, octobre 2008.
La confiance à disparue et la finance dérive en terre inconnue. La crise est nouvelle et personne ne sait ce qu’elle va devenir. Les banques sautent, la bourse perd les pédales et tout le monde attend ce qu’il va arriver. Le marché devait être régulateur, mais il n’a jamais régulé que le pillage de la planète pour le profit de quelques multimilliardaires qui s’accaparent ce magot démesuré, par les jeux obscurs de leurs spéculations sans limite.
Dans la panique les politiques retournent leurs vestes et appellent, dans le désespoir, à plus de contrôle. Mais lorsque tout est informatisé, plus de contrôle provoquerait la multiplication de combines pour les éviter, et par conséquent plus de risques de dérapages. Les remèdes ont parfois des effets secondaires inattendus.
L’argent qui abondait, il y a quelque temps, dans les sphères de la haute finance, n’a pas disparu avec la crise, il a seulement changé de main. La richesse de quelques uns s’est réalisée par l’accumulation permanente d’une part de la valeur du travail dérobée aux travailleurs. Ces sommes cumulées depuis des années représentent aujourd’hui des richesses colossales qui circulent sur les marchés financiers à la recherche de profits juteux à court terme. Les richesses usurpées dans l’économie réelle passent par des paradis fiscaux, des comptes numérotés, puis sont rejouées dans l’économie virtuelle beaucoup plus lucrative mais aussi plus incertaine.
C’est le temps des jeux sur la valeur de la valeur dans le temps. Sous le règne de l’arnaque, il s’agit de faire miroiter beaucoup d’argent facile et l’appât du gain fait le reste. Puis, il faut bien sûr, retirer sa mise avant la fin de la partie, sortir du jeu sans respecter les règles, ni les enjeux. A ce jeu pipé, les petits sont perdants car ils subissent les fluctuations. Par contre, les très gros spéculateurs créent les mouvements et les renversements, de ce fait ils ont toujours un temps d’avance sur les autres, ce qui leur permet de rafler le pactole.
Dans ce monde barbare, les truands de la fortune «à tout prix», ont tous les pouvoirs, et notamment celui de disparaître aux yeux du monde. Leurs larbins répandent la peur de la catastrophe pour maintenir le peuple dans la soumission et la servitude. Recroquevillée dans son quotidien, la trouille au ventre, il ne se rebelle pas. Et quand cette folie des accapareurs de richesse provoque de gros dégâts dans l’économie réelle, on demande aux populations appauvries de payer les réparations, afin d’éviter la banqueroute du casino mondial. Les gestionnaires d’État sèment la panique à tout vent pour mieux justifier ce détournement des fonds publiques, qui n’est qu’une escroquerie sociale de plus, mais une de taille.
N’oublions pas que les richesses n’ont pas soudainement disparues, elles ont seulement changées de main. Certains font des affaires extraordinaires.
«Ce qui est traité en bourse, cette plus-value volée aux travailleurs puis rejouée aux dés sur le marché, n’est que la partie visible de l’économie. La masse invisible de cet iceberg a plus que doublé en 10 ans, en échappant à toute réglementation. Elle représenterait plus de 80% des opérations financières. Les transactions sur le marché des changes et les produits dérivés négociés entre particuliers, représentent aujourd’hui environ 50 fois le volume des transactions de l’économie réelle. Elles se comptent en millions de millards de Dollars, et peut-être beaucoup plus car si elles ne sont pas contrôlées, on ne peut pas en connaître précisément le montant.
Ce que la propagande nous montre de la spéculation n’en n’est qu’une petite partie. En effet les quatre cinquièmes des opérations financières se déroulent hors-marché, de gré à gré entre ordinateurs, de particuliers à particuliers, sans comptabilité, sans contrôle et sans entrave. La finance s’est numérisée et l’économie dématérialisée.»
(Stratagèmes du changement, de l’illusion de l’invraisemblable à l’invention des possibles, extrait du chapitre III)
Le spectacle, qui n’est rien d’autre que la vision publicitaire du monde marchand sur lui-même, ne parle que de débâcle économique, doublée d’une récession sociale, pour mieux faire disparaître cette gigantesque rafle des richesses par quelques accapareurs au dessus des lois, au delà du visible. Dramatiser la situation leur permet de faire croire à la fatalité de cette crise inévitable, bouc émissaire planétaire, afin de mieux cacher cette monstrueuse arnaque ainsi que les suivantes qu’ils nous préparent. La prochaine crevaison viendra-t-elle de la bulle des fonds de pension, des matières premières, de l’énergie, des produits agricoles, ou alors des paris sur le futur ? La réaction en chaîne qu’elle pourrait entraîner n’est pas prévisible. Tout est possible...
La peur de l’avenir n’est que l’expression de l’incertitude du devenir des capitalistes qui n’ont plus de futur. Tous ceux qui n’ont plus grand chose à perdre ont tout à espérer d’un nouveau monde émergeant par nécessité.
Ce qui nous arrive n’est pas un accident de parcours, mais bien l’aboutissement du capitalisme, l’achèvement d’un monde suicidaire.
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CONFÉRENCE (extrait)
Heinz von Foerster.
La question de l'origine de l'univers est une de ces questions par essence indécidables personne n'était là pour y assister. De plus, cela apparaît clairement quand on pense aux nombreuses questions différentes qui sont données à cette question. Les uns disent qu'il y eut un acte créateur unique il y a quatre mille ou cinq mille ans, d'autres disent qu'il n'y a pas eu de début et qu'il n'y aura pas de fin, car l'univers est un système en équilibre dynamique perpétuel ; et puis il y a ceux qui soutiennent que l'univers est né dans un « Big bang » il y a dix ou vingt milliards d'années, Big bang dont on peut entendre les faibles restes grâce à de grandes antennes radio ; mais j'incline plutôt à croire le récit de Chuang Tseu, parce qu'il est le plus ancien et par conséquent le plus proche de l'événement. Il dit : « Les deux ne font rien; ce ne rien faire est dignité ; La terre ne fait rien ; ce ne rien faire est repos ; de l'union de ces deux ne rien faire naît toute action. Et toutes choses sont amenées à l'existence ». Je pourrais continuer sans fin avec d'autres exemples, car je ne vous ai pas encore dit ce que les Birmans, les Australiens, les Esquimaux, les Bushmen, les Ibos, etc., nous raconteraient sur leurs origines. En d'autres termes, ditesmoi comment l'univers est apparu, et je vous dirai qui vous êtes.
« Il n'y a que les questions qui sont par essence indécidables que nous pouvons trancher ». Pourquoi ? Simplement parce que les questions décidables sont déjà tranchées par le choix du cadre dans lequel elles sont posées, et par le choix des règles qui régissent le rapport entre ce que nous appelons « la question » et ce que nous pouvons prendre pour une « réponse ».
Dans certains cas, cela peut aller vite, dans d'autres, cela peut prendre un temps très, très long, mais en fin de compte nous arriverons, après une séquence d'étapes logiques contraignantes, a un résultat irréfutable : un Oui déterminé, ou un Non déterminé.
Mais nous ne sommes soumis à aucune contrainte, même pas à celle de la logique, lorsque nous choisissons dans des questions par essence indécidables. Il n'y a pas de nécessité, intérieure ou extérieure, qui nous force à donner une réponse ou une autre à de telles questions. Nous sommes libres. Le complément de la nécessité n'est pas le hasard, mais le choix. Nous pouvons choisir ce que nous voulons devenir par le choix que nous allons faire sur une question par essence indécidable. Voilà pour les bonnes nouvelles, comme disent les journalistes américains. Et maintenant, les mauvaises.
Avec cette liberté de choix, nous voilà à présent responsables du choix que nous allons faire, quel qu'il soit. Pour certains, celle liberté est un don du ciel. Pour d'autres, une telle responsabilité est un fardeau écrasant ; comment y échapper ? Comment l'éviter ? Comment le faire porter à quelqu'un d'autre ? Avec beaucoup d'ingéniosité et d'imagination, quantité de mécanismes ont été inventés grâce auxquels on peut passer à côté de cette terrible charge. Avec la hiérarchie, on a construit des institutions entières où il est impossible de localiser les responsabilités. Dans de tels systèmes, chacun peut dire : « On m'a dit de faire x ». Sur la scène politique, on entend de plus en plus la phrase de Ponce Pilate : « Je n'ai pas d'autre choix que x ». En d'autres termes : « Ne dites pas que je suis responsable, blâmez d'autres que moi ». Cette phrase remplace visiblement la suivante « Parmi les nombreux choix que j'avais, j'ai choisi de faire X ». J'ai fait allusion à l'objectivité plus haut, et j'en fais à nouveau mention ici comme procédé couramment usité pour éviter la responsabilité.
Comme vous vous en souvenez peut-être, l'objectivité exige que les propriétés de l'observateur n'entrent en aucun cas en ligne de compte dans la description de ses observations. Par celle suppression de ce qui fait l'essence de l'observation, c'est à dire les processus cognitifs, on réduit l'observateur à n'être qu'une machine à copier, et l'on a réussi à évacuer la notion de responsabilité.
Pourtant, Ponce Pilate, la hiérarchie, l'objectivité et les autres stratagèmes dérivent tous d'un choix qu'on a fait à propos de deux questions par essence indécidables. Voici ces deux questions décisives : « Suis-je à part de l'univers ? Si oui, alors quand j'observe, j'observe comme à travers le trou d'une serrure un univers en évolution », « Fais-je partie de l'univers ? Alors, à chacun de mes actes, je change à la fois moi-même, et l'univers ». Chaque fois que je réfléchis à celle alternative, je suis toujours aussi surpris par la profondeur de l'abîme qui sépare les deux mondes fondamentalement différents que peut engendrer un tel choix : soit me voir comme citoyen d'un univers indépendant de moi, dont je peux éventuellement découvrir les normes, les règles et les coutumes soit me voir comme participant à une entreprise dont nous inventons chaque jour les coutumes, les règles et les normes.
Quand je parle avec les gens qui ont soit décidé d'être des découvreurs, soit décidé d'être des inventeurs, je suis toujours frappé par le fait qu'aucun d'eux n'a conscience d'avoir pris un jour cette décision. De plus, mis au défi de pouvoir justifier leur position, ils construisent un cadre conceptuel qui, en fin de compte, est lui-même le résultat d'un choix fait sur une question par essence indécidable.
On dirait que je vous raconte un roman policier, mais sans vous dire qui est le gentil et qui est le méchant, qui est sain d'esprit et qui est fou, qui a raison et qui a tort. Puisque ce sont là des questions par essence indécidables, il revient à chacun de nous de prendre ces décisions et d'en assumer la responsabilité. Il y a un meurtrier. Je propose qu'il soit impossible de savoir s'il est ou était fou. Tout ce que nous savons, c'est ce que j'en dis, c'est ce que vous en dites, ou ce que l'expert en dit. Et moi, vous, l'expert, sommes responsables de ce que moi, vous, l'expert, disons de sa santé mentale ou de sa folie. Là encore, la question n'est pas « qui a raison et qui a tort ». Cela, c'est une question par essence indécidable. Le point important, ici, c'est la liberté ; la liberté de choix ; c'est ce dont parle José Ortega y Gasset : « L'homme n'a pas de nature, mais une histoire. L'homme n'est pas chose mais drame. Sa vie est quelque chose qu'il lui faut choisir, construire tout en avançant, et c'est dans ce choix et celle invention qu'il est humain. Chaque être humain est son propre romancier, et bien qu'il ait le choix d'être un écrivain original ou un plagiaire, il ne peut échapper à la nécessité de choisir. Il est condamné à être libre ».
La vérité n'est pas le problème. Le problème, c'est la confiance. Je compris le problème, c'est de comprendre le problème, c'est de comprendre le fait de comprendre ; le problème, c'est de prendre des décisions sur des questions par essence indécidables.
A ce moment apparut la Métaphysique et elle demanda à sa jeune sœur l'Ethique « Que me conseillerais-tu de rapporter à mes protégés, les métaphysiciens, qu'ils s'appellent ainsi ou non ? » et l'Ethique répondit « Dis leur qu'ils devraient toujours s'efforcer d'agir en sorte d'augmenter le nombre des choix possibles; oui, d'augmenter le nombre de choix possibles ».
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RIDEAU !
Paul, septembre 2008.
A la fin des années 80 une blague circulait en URSS : le jour où la démocratie s'installera à Moscou, on aura à Washington la première réunion du Politburo made in USA. C'était l'époque où chacun voyait chez l'autre son propre reflet inversé. Est et ouest comme pile et face, Monde Libre de chaque côté selon l'idéologie qui y domine. Et les marchands de canons faisaient fortune, pour armer les hommes libres contre les méchants du camp d'en face. C'était d'autant plus pratique que les classes dangereuses (qu'on appelle aussi les pauvres) étaient supposées être manipulées par les réseaux de l'ennemi. Selon des légendes véhiculées par les experts en information et autres bonimenteurs de presse, les organisations ouvrières de l'Occident, noyautées par les communistes, étaient tenues en sous-main par les bolcheviques de Moscou, tandis que, pour les médias soviétiques, les dissidents russes travaillaient nécessairement pour les services secrets américains.
Merveilleuse pièce montée, l'équilibre de la terreur permettait à chaque clique au pouvoir de justifier les pires aberrations de son système oppressif. Chasse aux sorcières de Mac Arthur, purges staliniennes, assassinats, procès truqués, et autres atrocités, la compétition entre les deux camps symétriques produisait de prodigieux mensonges comme seuls savent en faire les maîtres de chapelle et les faiseurs de dogmes.
En URSS, à la fin des années 80, les maîtres de la bureaucratie, sentant monter une vague de mécontentement dans le prolétariat dont ils étaient supposés représenter les intérêts suprêmes, ont alors installé au pouvoir les chefs de leurs services sccrets afin de négocier avec leurs homologues américains l'effondrement programmé du pseudo-communisme grâce auquel ils jouissaient du même train de vie que les capitalistes. On a ainsi vu d'anciens dirigeants du KGB et de la CIA, Michael Gorbatchev d'un côté et George Bush senior de l'autre, unir leurs efforts pour faire basculer l'empire russe dans le camp mondialisé du capitalisme privé (appelé « économie de marché »). Ce qu'on appelait « le mur », de nature essentiellement idéologique, est tombé en désuétude. Les mieux renseignés des bureaucrates se sont privatisés pour eux-mêmes les biens de l'Etat et un nouveau système capitaliste est apparu à l'Est sans que les gens n'en ressentent aucun changement notable.
L'ex-espion Poutine a pris la tête du Kremlin tandis que le fils de l'ex-espion Bush s'installait à la Maison Blanche. Les deux côtés du miroir avaient fusionné.
Mais ce miroir idéologique, appelé « rideau de fer », avait pour fonction essentielle de permettre aux fabricants d'armes de s'enrichir grâce à la guerre. Il fallait donc pallier d'urgence à la fin de la « guerre froide » par une nouvelle conspiration en faveur de l'ordre établi. Trouver un ennemi de rechange pour galvaniser les bonimenteurs et justifier de nouvelles mesures répressives afin de garder les classes dangereuses (les pauvres) sous contrôle. Les services secrets réunis sous l'égide de l'ONU, vaste organisation chapeauté par un Conseil de Sécurité rassemblant les cinq principaux producteurs d'armes de la planète, ont alors inventé l'ennemi qu'ils croyaient parfait : la nébuleuse terroriste islamiste. L'idée était sans doute de provoquer les musulmans pour qu'ils se solidarisent dans une Union qui puisse à terme remplacer la défunte URSS comme Empire du Mal.
Cette vision vaguement scientologue de l'Histoire avait le mérite de la simplicité. L'immense provocation du 11 septembre 2001, quelle qu'en soit l'origine, a permis de la propulser comme explication ultime des opérations à mener pour conduire l'humanité vers la Fin de l'Histoire.
Pendant le temps de la chasse à courre contre les nébuleux « terroristes », bonimenteurs et faux prophètes s'en sont donné à coeur joie pour encenser la juste lutte contre les nouveaux méchants. Grâce à quoi, les forces internationales de maintien de la guerre ont permis aux marchands de canon de continuer leurs juteuses affaires. Irak, Afghanistan, Bosnie, Gaza, les terrains de jeux n'ont pas manqué. Les actionnaires des fabricants de fusils ont été bien contents. Et les Etats aussi, qui ont en douce profité de l'occasion pour améliorer les outils de contrôle et de répression contre leurs classes dangereuses (leurs pauvres). Plans vigie anti-pirates, patriot act, fouilles permanentes, écoutes téléphoniques mondialisées, on a fait à l'Ouest ce qu'à une époque le KGB avait expérimenté à moindre échelle à l'Est. Les méthodes du Politburo s'installent à Washington.
Malheureusement pour les stratèges, les chefs supposés de l'islamisme n'ont pas été à la hauteur. Le piteux dictateur Saddam Hussein, qui n'avait même pas caché une seule bombe atomique dans les souterrains de ses palais pharaoniques, n'a pas réussi à devenir le nouvel Ho Chi Minh du Proche Orient. Pris comme un rat dans une tranchée, il a fini au bout d'une corde. Mais il avait auparavant prophétisé que les Américains s'enliseraient dans le sable du désert. N'ayant pris la boutade qu'au premier degré, ceux-ci se sont gaussé du cuistre en montrant les magnifiques chenilles de leurs tanks. Et ils se sont enlisés dans les sables politiques de la culture des habitants du désert. L'ennemi espéré n'est pas apparu et le Grand Moyen Orient qui devait remplacer l'URSS n'est pas près de voir le jour. Ce qui s'appellerait « bâtir des châteaux en Irak » est apparu comme une farce tragique.
Qu'à cela ne tienne, on peut toujours ressusciter les vieux démons. Les maîtres du travestissement que sont les manipulateurs au pouvoir ont plus d'un Raspoutine dans leurs petites manches. Les gentils Russes qui, grâce à la chute de l'empire soviétique, boivent désormais du Coca Cola peuvent aussi bien redevenir les affreux ruskofs d'hier. Il suffit de tracer une frontière pour rebâtir un Mur. On a déjà vu en Yougoslavie combien il est facile de déclencher des guerres entre voisins. La Georgie a pris le relais. Inversée dans le miroir, la liberté des peuples à disposer d'euxmêmes est devenue l'argument idéologique de Moscou pour défendre la sécession de l'Ossétie du Sud contre l'impérialisme georgien, et les Occidentaux ont soutenu l'ancien étudiant américain installé au pouvoir à Tbilissi au nom de la démocratie dont il est supposé être l'expression. Aussitôt connu le nouveau refrain, les chantres des croisades sont ressortis de leurs oubliettes et les bonimenteurs ont resservi les couplets à la gloire du Monde Libre. On a vu l'inénarrable foutriquet BHL reprendre en taxi son bâton d'expert en philosophie de la guerre et tous les commentateurs entonner la nouvelle chansonnette sur la défense de la démocratie en mode chez les Occidentaux.
Pareillement, les Russes ont été invités par les chefs de choeur des nouvelles armées rouges à célébrer la défense de leur liberté face aux tentatives diaboliques de l'Amérique redevenue impérialiste et arrogante.
Chez les petits Français, on se la rejoue défenseur des droits de l'homme ou quelque chose d'approchant, sans voir que les dindons sont toujours farcis des mêmes ingrédients. La guerre froide réchauffée a la même fonction qu'avant : renforcer le pouvoir des Etats sur leur population pour protéger la propriété des maîtres de l'économie. D'ailleurs, plus le temps passe et plus les fusionacquisition qui font grossir les entreprises capitalistes font ressembler l'économie mondiale à un vaste copié-collé du système militaro-industriel qui servait d'armature à l'Union Soviétique. C'est pourquoi il importe peu que le marxisme-léninisme ne soit plus l'idéologie officielle des dirigeants du Kremlin pour leur faire rejouer le même rôle que leurs prédécesseurs à la faucille et au marteau.
La stratégie de la tension n'a plus besoin d'arguments idéologiques.
Bientôt, il suffira de dire : voilà l'ennemi ! aux petits hommes conditionnés à la concurrence permanente, qui revendiquent qu'on les asservissent plus efficacement, pour qu'ils s'enrôlent avec enthousiasme dans n'importe quelle croisade. « Ils ont besoin d'être gouvernés » déclare le premier venu des politiciens, lui-même laquais des grand épiciers qui croient contrôler le monde. Le moindre des bonimenteurs pourrait faire marcher les citoyens soumis vers l'abattoir.
Voire ? C'est le rêve de quelques uns. Mais il n'est pas sûr que les mensonges vomis chaque jour par les medias aient vraiment germé dans les têtes. Et si les pauvres étaient vraiment des classes dangereuses pour l'équilibre de la terreur que font régner les supermarchés, les agences de pub, les commentateurs de télévision, et autres agents de l'ordre marchand ? Si ça branlait dans le manche et que les dirigeants ne savaient plus à quel général ou nouveau philosophe se vouer ? Si tout le monde s'en foutait d'avoir un ennemi de l'autre côté d'une frontière tracée par ceux-là même qui profitent des commerces et trafics qui la traversent ? Si les Etats n'étaient en fait qu'un ramassis de messieurs-dames engoncés dans des habits désuets qui n'ont d'importance que parce qu'on continue à filmer leurs tristes activités dans des émissions trop ennuyeuses pour qu'on continue à les regarder ? Si on rêvait d'un monde où bourgeois et bureaucrates ne seraient plus ? Si la guerre cessait entre les peuples ? Si les mauvais jours finissaient ?...
Tout ça n'empêche pas, Nicolas, que la Commune n'est pas morte.... Le cauchemar des uns peut être le beau rêve des autres. Et réciproquement. Allez savoir...
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PARTOUT ET NULLE PART
Lukas Stella
STRATAGÈMES DU CHANGEMENT,
de l'illusion de l'invraissemblable à l'invention des possibles,
chapitre I, août 2008 (Sortie en janvier 2009 aux Éditions Libertaires).
Le climat a changé dans notre société. Ses dépressions quotidiennes et ses tourmentes cycliques instaurent un temps lourd et instable dans une insécurité sociale qui s’installe comme une météo inévitable. C’est une période de compétition, d’arnaque, de manipulation et de mensonge entraînant chacun dans un isolement guerrier, retranché derrière ses certitudes préfabriquées.
Les fortes pressions numériques des machines à réduire disséminent la confusion, la peur, la violence et le désespoir afin de faire passer son État policier pour un état de grâce, sauveur suprême d’une sécurité qui n’arrive pourtant plus à cacher une précarité qui devient la norme. Le provisoire instable, ainsi que la peur des autres dans un isolement craintif, font trop souvent préférer des modifications de procédures dans les programmes et leurs applications, au désordre supposé d’une remise en cause de l’ordre des choses établies, même s’il est considéré comme injuste et invivable. Dans cette société recroquevillée dans l’inquiétude et l’agressivité, il ne reste plus que l’ultime des solutions pour sauver les apparences : le changement partout, ou du moins son illusion publicitaire tapageuse.
Les plus conformistes des conservateurs présentent leur programme de changement radical en évoquant une révolution moderne. Plus les mensonges de la propagande sont énormes plus ils passent, du moment que le matraquage médiatique bourre systématiquement et sans relâche, des crânes réceptifs, sous l’influence permanente de croyances programmées. L’intoxication achève sa représentation.
La marchandisation du politique se réalise aujourd’hui dans l’apparence d’un changement continuel, qui en est son fonctionnement conservateur routinier. La permanence d’un changement continue n’est que la représentation de son absence perpétuelle. C’est l’inertie du vide.
La vie est un changement qui s’invente chaque jour.
Aujourd’hui la plupart des gens ne votent pas pour changer le monde, ni pour donner carte blanche à leur candidat, mais bien contre les autres en liste, comme un moindre mal, sans trop y croire. Les directions des partis ne représentent plus grand chose d’autre qu’une partie de leurs propres militants. Leurs programmes ne font que déplacer les problèmes de société sans vraiment y toucher, car leurs fonctions sont de les faire accepter à grands coups de propagande médiatique, afin de pouvoir gérer en toute quiétude le pillage des biens communs pour les meilleurs profits d’une poignée de multimilliardaires.
Qui ne pense pas dans la logique marchande est banni de la société du spectacle. Aujourd’hui n’est politiquement toléré que celui qui suit aveuglément les règles de la tyrannie économique, sans jamais toucher aux agioteurs des hautes sphères de la spéculation numérique. Sous la dictature économique et financière, l’apparence creuse d’une démocratie, dérobée par des gestionnaires soumis et des bouffons à la mode de la pub en cours, vacille dangereusement. Cette mascarade à l’usage servile de consommateurs d’illusions aura de plus en plus de mal à cacher l’usurpation des richesses, l’appauvrissement des populations, la misère émotionnelle, la solitude de l’ennui, la guerre permanente à tous les étages, la pollution généralisée de la planète...
Les politiques au pouvoir, gestionnaires des États au service du grand capital et de la haute finance, sont aujourd’hui libres d’escroquer le bien publique pour le livrer aux entreprises mafieuses de l’affairisme mondial. Ils font autorité en répression décomplexée, dans un marché sécuritaire qui spécule sur la misère et tire profit de la précarité des conditions d’existence.
Ces mercenaires sans scrupule, mandataires de la misère sans lendemain, parient sur le vide qui envahit les populations plongées dans un désespoir muet, pour récupérer les peurs et les angoisses, les haines, les rancœurs et les frustrations, afin de se constituer un électorat facilement manipulable et corvéable à merci.
L’ordre établi détruit les hasards et les éventualités. Sans un certain degré de désordre il devient hostile à la vie, dans la mesure où il anéantit toute possibilité de développement, toute chance d’évolution. En se recroquevillant sur ses certitudes, l’ordre absolu qui veut tout contrôler est effectivement suicidaire. Le changement est synonyme de l’émergence d’une nouvelle qualité, qui présuppose, et à son tour crée, un degré certain de désordre, propice à de nouvelles relations.
Toute relation est toujours plus que la somme de tous les ingrédients apporté par les entités impliquées. C’est en cela qu’elle n’est pas prédéterminée.
Le changement fondamental n’est pas définissable d’un point de vue situé avant sa réalisation. Quand il y a changement effectif, l’observation de la situation modifiée devient différente, le point de vue n’est plus le même. L’économie politique ne peut envisager d’ailleurs possibles, car elle ne peut inventer d’autre réalité que la sienne. Pour les gens du pouvoir tout est calculable, prévisible et contrôlable, le changement effectif est inconcevable, car il n’est ni prévisible ni programmable ni maîtrisable, c’est là son essence même.
Si nos choix ne sont pas prédéterminés par un objectif apparent, nous devenons imprévisibles. Nous utilisons les situations que nous vivons comme source du fonctionnement de nos actions, en inventant un décalage de notre point de vue, nous devenons imprévisibles. N’ayant pas de buts définissables dans le cadre actuel de cet état de fait, notre fonctionnement, en dérive dans le cours des événements, n’est plus calculable, et se retrouve de la sorte incontrôlable, donc efficace.
C’est un jeu libéré des contraintes des règles de la convenance et de la servitude. Intuitif, il laisse libre cours à l’improvisation, changeant selon la tournure des situations, tout en anticipant légèrement sur les événements qu’il a choisi de s’approprier, tirant son sens de son devenir.
Ce qui est tu à petit peu, nous tue à petit feu. Oser « ouvrir sa gueule » nous permet d’expérimenter les risques passionnants de la liberté dans l’aventure des relations imprévues. La provocation n’est utile que si l’on est en mesure d’utiliser la réaction et d’en tirer avantage. Mais il est parfois préférable de s’effacer pour laisser son adversaire s’écrouler sur sa lancée, emporté par son propre élan.
Il n’y a pas de méthode à suivre pour se libérer. On ne se libère pas de l’asservissement en changeant de ligne à suivre ou de programme à exécuter. On ne ferait que passer d’une soumission à l’autre. On ne peut pas expliquer comment se libérer sans imposer de fait un chemin à suivre, des directives à respecter, passant ainsi d’un esclavage à l’autre. Changer de chaînes n’est pas un changement effectif qui puisse permettre de choisir librement l’usage de sa vie. Le changement n’est pas une prédiction à laquelle il faut se soumettre, ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité doit être réglée, mais le mouvement qui abolit l’état actuel.
Les tentatives de changement réduites à une solution unique et parfaite, maintiennent le problème et la spécificité de sa persistance. Il est par ailleurs possible de se donner la permission d’appréhender la situation dans un contexte légèrement décalé, élargi aux relations avec les autres, ce qui peut engendrer l’émergence de multiples chemins différents, augmentant le nombre de choix possibles dans un espace de liberté plus vaste.
Nous ne disposons que du monde où nous vivons avec d’autres, que nous les aimions ou non. Si Nous ne voulons pas nous en débarrasser par la force, la prison, la guillotine, les chambres à gaz ou le goulag, alors nous ne pouvons que chercher à coexister. Ceci est aussi valable pour cette petite minorité qui impose sa dictature économique aux populations de la planète. Il est important de comprendre que la certitude des autres, aussi indésirable qu’elle puisse nous paraître, est aussi légitime que la nôtre, car elle exprime leur conservation du couplage structural dans un domaine commun de l’existence. La seule possibilité de coexister sans tyrannie ni terreur ni guerre est d’embrasser une perspective plus vaste, un domaine nouveau de l’existence dans lequel toutes les parties s’accordent dans l’émergence d’un monde commun. Seule la démocratie directe à échelle humaine peut en permettre la réalisation par son invention incertaine.
Dans le mépris total des populations, en transformant le débat public en publicité d’idéal prêt à consommer et à rabâcher, ces imbéciles de mégalomanes, aveuglés par leurs propres illusions, ont fait disparaître toutes pratiques démocratiques sans se rendre compte, que ce débat publique disparu leur servait en fait à masquer leurs arnaques, consistant à usurper toutes les richesses publiques. En perdant la croyance inconditionnelle des populations, le doute s’installe et leur supercherie devient visible. Perdus dans leur euphorie du pouvoir sans limite, ils croyaient fourguer leurs camelotes toxiques de prêt à penser sans que personne ne s’aperçoive de l’ampleur des dégâts causés par leurs pollutions barbares.
« La politique du “n’importe quoi, pourvu que cela se vende“ préside à la carrière de figurants sans idées, sans charisme, incapables de soutenir le mensonge dont ils n’ont même plus la consistance. »
Raoul Vaneigem, Entre le deuil du monde et la joie de vivre, 2008.
Le pouvoir n’a plus que le pouvoir de choisir la publicité qui lui permet de s’afficher dans le spectacle des marchandises. La démocratie n’est plus, depuis longtemps, qu’une bouffonnerie à l’usage servile de spectateurs consommateurs d’illusions. Les partis ont pour objectif la conquête de nouvelles parts de marché, c’est pour cela qu’ils fabriquent de véritables campagnes publicitaires multimédia. Leurs discours clientèlistes est construit sur la satisfaction de la demande du marché à n’importe quel prix, en utilisant l’énormité mensongère rabâchée par le matraquage médiatique, selon la technique de Goebbels qui a fait ses preuves ; « plus le mensonge est gros, plus il passe », et sur l’affirmation d’Hitler ; « un mensonge répété dix fois reste un mensonge, répété dix mille fois il devient une réalité ». Et cela est très facile, lorsque tous les gros médias sont des organes de propagande aux mains d’un petit groupe d’actionnaires ultra libéraux qui ont tous les pouvoirs.
La politique s’affiche partout, répétitive et arrogante. Plus qu’une technique de persuasion, c’est une stratégie du désir, ressuscité afin de mieux le contrôler. Plus qu’une entreprise à produire de la pensée prêt à porter, c’est une impitoyable machine de guerre qui écrase sur son passage, toute trace d’autonomie, toute invention possible d’un ailleurs imprévisible. Science du conditionnement psychologique, sociologique, sémiologique, systémique, linguistique, la politique spectacle est devenue « maîtresse » en l’art de la manipulation mentale et de la désinformation. Il s’agit de se faire entendre sans attente ni attention, au profit d’un réflexe conditionné, où le citoyen ciblé se consume passivement par l’appropriation imaginaire des idées mises en spectacle.
Le désir ainsi séparé de l’instant vécu, est sublimé. Le sujet, comme objet de ses désirs, s’investit dans un imaginaire idéal passionnel jusqu’à la dépendance émotionnelle, avec l’illusion de jouer le premier rôle de son existence à travers une participation fictive à la société, reposant sur la croyance en la promesse de satisfaction. Cette stimulation de désirs simulés n’a qu’une issue toujours décevante, une illusion incarnée dans l’appropriation de solutions, privée de toute entreprise de satisfaction effective. Les désirs s’imaginent en liberté, mais sous air conditionné.
La propagande politicienne décrète ce qui est bon pour la société en partant toujours du préjugé que seul l’économie peut apporter la solution. La liberté de choisir devient la liberté de choisir une des politiques de résignation à la dictature économique.
La pub rêve d’une société parfaite, le citoyen d’un changement profond, la politique le monte en spectacle. L’entreprise contrôle l’exploitation, les bureaucrates de l’État gèrent les choses en leur état, la vie de la cité est réduite aux affaires entreprises et les infos se montent en marketing. La propagande politique est lancée comme une campagne publicitaire. Un slogan chasse l’autre, passant d’une situation bloquée à la prochaine qui lui est semblable, dans la consommation sans fin de solutions aux vertus illusoires.
Les politiciens mettent en scène les exigences de l’économie et de la finance afin de présenter leurs bons plans comme les seuls remèdes magiques au mal de vivre et à la misère des populations. Les idées politiques se présentent comme les propriétaires du langage de la réalité. Elles sont le seul passage donnant accès à une existence qui permette d’être reconnu sain de corps et d’esprit.
Dans l’idolâtrie politique actuelle, seuls les experts-spécialistes attitrés ont droit au label de vérité du spectacle. La compréhension de la nécessité du changement s’en retrouve elle-même divisée en spécialités séparées, et végète ainsi par manque d’unité et de socialité. Ces séparations rendent les tentatives de changement inefficaces. Les relations perdent leur sens lorsque l’on juxtapose des individus en morceaux dans un monde en pièce.
« La séparation instaurée entre la pensée radicale et la vitalité du corps qui la nourrit est la faille où les meilleurs intentions s’abîment. (...) la faculté d’abstraction instille en tout homme le principe selon lequel le privilège de l’esprit est d’assujettir conjointement le corps et les masses laborieuses. »
Raoul Vaneigem, Entre le deuil du monde et la joie de vivre, 2008.
L’homme fragmenté et schizophrène peut retrouver son unité et la plénitude de son vécu par l’invention d’incroyances situationnelles au cours des nouvelles perspectives de la vie en dérive, dans une écologie des relations.
Aujourd’hui les accapareurs tirent tous les profits possibles de l’exploitation du monde, sans temps mort et sans entrave, de l’abolition du futur jusqu’à la destruction des conditions de survie des populations qui le composent. Dans cette période de trouble, où tout s’accélère et se complexifie dans la confusion, s’adapter ne suffit plus pour survivre, il s’agit aujourd’hui d’apprendre à projeter un futur désiré réalisable, de s’y préparer en valorisant et utilisant ensemble nos propres ressources, trop souvent endormies. Il devient maintenant urgent et surtout prudent de s’approprier des tactiques de changement effectivement opérationnelles.
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SUR LA SÉMANTIQUE GÉNÉRALE
Kourilsky-Belliard, Edward T. Hall, Alfred Korzybski, A.E. van Vogt, Bernard Wolfe, Gregory Bateson (extraits).
PRÉMISSES DE LA SÉMANTIQUE GÉNÉRALE
Les prémisses du système non-aristotélicien peuvent être exprimées par la simple analogie de la relation d’une carte avec le territoire : une carte n’est pas le territoire, une carte ne représente pas tout le territoire, une carte est auto-réflexive, en ce sens qu’une carte ‘idéale’ devrait inclure une carte de la carte, etc., indéfiniment. Appliquées à la vie courante et au langage, les prémisses s’expriment ainsi : un mot n’est pas ce qu’il représente, un mot ne représente pas tous les ‘faits’, etc. Le langage est auto-réflexif, en ce sens que nous pouvons, dans le langage, parler à propos du langage. Aujourd’hui cependant, nos réactions habituelles sont encore fondées sur des postulats inconscients, pré-scientifiques et primitifs qui, mis en pratique, violent le plus souvent les deux premières prémisses et méconnaissent la troisième.
L'AUTO-RÉFLEXIVITÉ
La troisième prémisse naît de l’application à la vie courante des travaux extrêmement importants de Bertrand Russell, qui donna ses lettres de noblesse à l’auto-réflexivité, quand il tenta de résoudre des contradictions mathématiques par sa théorie des types mathématiques. Nous pouvons parler (verbaliser) à propos d’une "proposition à propos de toutes les propositions", mais en pratique nous ne pouvons pas produire une proposition à propos de toutes les propositions, puisque, ce faisant, nous donnons effectivement naissance à une nouvelle proposition, et nous tombons alors dans des contradictions sans fin. Russell a très justement qualifié de "totalités illégitimes" les produits de ces performances verbales pathologiques. Nous autres humains, nous avons longtemps vécu avec ces sur-généralisations inconscientes, sans grands résultats.
Appliquée par Korzybski à notre vie courante, l’auto-réflexivité introduit des facteurs neuro-linguistiques importants pour l’ajustement et la maturité humaines, à savoir les principes des différents ordres d’abstractions, la multiordinalité, la circularité de la connaissance humaine, les réactions d’ordre second, les réactions différées ordonnées dans l’espace-temps, l’intégration thalamo-corticale, etc.
LA CONSCIENCE D'ABSTRAIRE
À leur tour ces principes aboutissent à une conscience d’abstraire générale comme fondement nécessaire pour parvenir à la maturité socio-culturelle. Ceci produit, entre autres, un moyen pour éliminer une fausse connaissance active, dont on sait qu’elle est génératrice de mal-ajustements. On découvre dans le même temps qu’une simple ignorance passive est souvent impossible chez les humains, et qu’elle devient une connaissance inférentielle active, susceptible d’attribuer dogmatiquement une certaine "cause" fictive à des "effets" observés – c’est le mécanisme des mythologies primitives. Cependant, lorsqu’elle est consciemment reconnue comme telle, la connaissance inférentielle forme la connaissance hypothétique de la science moderne et cesse d’être un dogme.
PROCÉDÉS EXTENSIONNELS
Pour acquérir cette conscience d’abstraire Korzybski nomme procédés extensionnels les moyens suivants :
Les indices, pour nous entraîner à une conscience des différences dans les similarités, et des similarités dans les différences.
Les indices-en-chaîne, pour indiquer les interconnexions des événements dans l’espace-temps, où une "cause" peut avoir une multitude "d'effets" qui, à leur tour, deviennent des "causes" et introduisent aussi des facteurs d’environnement. Les indices-en-chaîne traduisent aussi les mécanismes des réactions-en-chaîne qui opèrent de façon très courante en ce monde, y compris dans l’existence et dans l’environnement socio-culturel extrêmement complexe des humains.
Les dates, pour donner une orientation physico-mathématique dans un monde espace-temps de processus.
Et caetera (etc.), pour nous rappeler en permanence la deuxième prémisse: "pas tout", pour nous entraîner à une conscience des caractéristiques laissées de côté, et pour nous rappeler indirectement la première prémisse: "n’est pas", pour développer une flexibilité et un plus grand degré de conditionnalité dans nos réactions sémantiques.
Les guillemets simples, pour nous avertir que nous ne pouvons pas nous fier à des termes métaphysiques ou élémentalistes et que des spéculations fondées sur ces termes sont fallacieuses.
Extrait d'un article paru dans l’American People’s Encyclopedia, vol. 9, Spencer Press, Chicago, 1949.
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Alfred Korzybski, le père de la sémantique générale, n'a cessé de souligner l'inadéquation du langage pour décrire la réalité. Le nom n'est pas la chose et la carte n'est pas le territoire. Les mots constituent donc des étiquetages plus ou moins hasardeux qu'il convient de relativiser. Les mots que nous employons peuvent trahir, déformer et limiter nos façons de penser. Le langage est à la réalité ce qu'une carte est à un territoire la correspondance entre les deux est nécessairement imparfaite. La réalité des choses est beaucoup plus nuancée que ce que notre langage limité permet d'exprimer. La fonction d'un mot se réduit toujours à mettre en évidence un aspect particulier d'une chose et c'est justement de cette restriction que dépend la valeur du mot. Notre vision du monde est modelée par les mots que nous utilisons et ceux que nous entendons, car le langage "téléguide" à notre insu nos perceptions.
Le langage verbal constitue à la fois un instrument de simulation de la réalité et de stimulation de nousmêmes. Notre répertoire linguistique prédétermine nos perceptions, nos raisonnements, nos émotions et nos rapports avec les autres. Nous projetons dans le monde, la plupart du temps inconsciemment, la structure du langage que nous employons. Ludwig Wittgenstein dénonçait cette sorte "d'ensorcellement par le langage" dont personne ne peut être immunisé.
F. Kourilsky-Belliard, Du désir au plaisir de changer, 1995.
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Le transfert de projection est le nom que j'ai donné à cette opération intellectuelle courante par laquelle la projection est confondue avec le fait projeté ou bien le remplace. Alfred Korzybski et Wendel Johnson, fondateurs de la sémantique, montrèrent le rôle que jouait le transfert de projection dans l'emploi des mots et consacrèrent de nombreux ouvrages à montrer que prendre le symbole pouc la chose symbolisée avait pour conséquence importante de prêter au symbole des propriétés qui ne sent pas les siennes.
Un large mouvement culturel, anti-autoritaire, qui s'imposerait de lui-même, est nécessaire. L'homme y gagnera une connaissance meilleure et approfondie de l'extraordinaire organisme qu'il est la possession de tant de talents remarquables le grandira, le gonflera d'orgueil, et il respirera mieux. Mais pour y parvenir, il devra cesser de privilégier exclusivement certains hommes ou certaines qualités, accepter le fait que plus d'un chemin mène à la vérité, qu'aucune culture n'est infaillible ou mieux préparée que d'autres dans cette recherche, et surtout savoir qu'aucun maître penseur ne révélera la voie pour mener cette recherche.
Edward T. Hall, Au-delà de la culture, 1976.
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Il faut ici ajouter encore une précision: quand une fonction est développée par la production d'une projection, cette dernière commence d'une part à exister par elle-même, et d'autre part, à se confondre avec la réalité à laquelle elle se substitue. Le tangage est à cet égard un excellent exemple. Le comte Alfred Korzybski (dont j'ai déjà mentionné le nom plus haut) a particulièrement bien décrit ce processus en formulant ses principes de sémantique générale . Korzybski met l'accent sur le fait que le mot n'est pas la chose, mais seulement un symbole. Il s'agit pourtant là d'une distinction que les êtres humains ont le plus de difficulté à saisir. Ils doivent, semble-t-il, se rabâcher sans fin que la carte n'est pas le terrain.
J'ai formulé, dans un travail précédent, le principe du transfert de projection, selon lequel toute projection, non seulement peut se substituer, mais généralement se substitue effectivement à la fonction qu'elle développe . La manière dont nous avons développé nos propres rythmes à l'extérieur de nousmêmes, puis traité les projections ainsi produites comme si elles représentaient une réalité en ellesmêmes, illustre ce principe. En fait, l'écart entre nos rythmes intérieurs et l'horloge accrochée au mur explique en grande partie la tension de nos contemporains. Nous avons aujourd'hui élaboré tout un système d'horaires complexes et d'habitudes et de prévisions auquel nous essayons de nous conformer, quand, en réalité, l'inverse devrait se produire. Le transfert de projection en est la cause. En fonction de ce transfert, l'horaire devient la réalité, et les individus et leurs besoins ne sont plus pris en considération.
Edward T. Hall, La danse de la vie, 1983.
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Aristote... très doué.., influença sans doute le plus grand nombre de gens qui aient jamais subi l'emprise d'un seul homme... Nos drames commencèrent lorsque le biologiste « intensif » Aristote prit le pas sur le mathématicien philosophe « extensif Platon, et combina toutes les identités primaires, tous les postulats subjectifs... en un système impressionnant que nous ne pûmes, pendant plus de deux mille ans, reviser sans risquer la persécution... Pour cette raison, on a donné son nom aux doctrines bispéculatives dites aristotéliciennes et, inversement, les réalités polyspéculatives de la science moderne ont reçu le nom de non aristotéliciennes...
Nos dirigeants, qui régissent nos symboles, et dirigent ainsi une forme de vie symbolique, imposent leur propre infantilisme à nos institutions, à nos méthodes éducatives et nos doctrines. Ceci engendre une inadaptation nerveuse chez les générations montantes qui, nées dans ce contexte, sont forcées de se développer dans les conditions sémantiques contre nature (pour l'homme) qui leur sont imposées.
Nos démarches nerveuses sont copiées sur celles de l'animal. Chez l'homme, des réactions nerveuses de ce genre aboutissent aux stades pathologiques et sans postérité de l'infantilisme en général, du comportement infantile public ou privé,,. Et plus une nation ou une race est techniquement développée, plus son système tend à devenir cruel, sans merci, prédateur et commercialisé... Tout ceci parce que nous continuons à penser comme des animaux et n'avons pas appris à penser substantiellement comme des êtres humains.
Alfred Korzybski, 1933.
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La publication de ce livre stimula l'intérêt pour la Sémantique générale, et les étudiants se précipitèrent à l'institut de Lakewood où Alfred Korzybski se laissa photographier en train de lire "Le monde des Ã".
La Sémantique générale traite du sens des significations. De ce fait, elle transcende et surpasse la linguistique. Son idée essentielle est qu'une signification ne peut être comprise que si l'on tient compte du système nerveux et du système de perception humains qui en ont été les vecteurs et les filtres. Ainsi, en raison des limitations de son système nerveux, l'homme ne peut appréhender qu'une partie de la vérité et jamais sa totalité. En décrivant cette limitation, Korzybski emploie le terme "niveau d'abstraction", expression qui chez lui ne comporte aucune nuance symbolique mais signifie seulement "abstraire de", c'estàdire prendre une partie du tout. Il prétend en effet qu'en observant un processus naturel, un homme peut seulement en abstraire c'estàdire en percevoir une partie.
Si je m'étais contenté d'exposer les idées de la Sémantique générale, nul n'aurait trouvé à y redire mais en vérité, en tant qu'auteur, j'ai voulu aller plus loin dans l'étude d'une situation paradoxale. Depuis la théorie de la relativité d'Einstein nous savons que, lors d'une expérience, il faut tenir compte de l'observateur.
Tout expérimentateur scientifique est limité dans son aptitude à abstraire des informations de la nature par le système d'éducation qu'il a reçu chez ses parents puis à l'université. Ainsi que l'indique la Sémantique générale, chaque chercheur introduit son équation personnelle dans ses recherches, c'est pourquoi un physicien dont la personnalité a été modelée de façon moins rigide que d'autres pourra arriver à résoudre des problèmes que ses collègues ne pouvaient solutionner. En d'autres termes, l'observateur est toujours une personne bien déterminée.
Alfred E. van Vogt, membre de l'Institute of General Semantics, "Le monde des Ã" (extraits, traduit de l'américain par Boris Vian), 1948.
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NON-AXIOMES
Lorsqu'il émet un jugement sur une action ou un événement, un individu "abstrait" une partie seulement de ses caractéristiques. S'il dit "Cette chaise est noire", il doit indiquer que la noirceur n'est qu'une de ses qualités, et il doit avoir conscience, au moment où il parle, de ses autres multiples caractères. La "conscience d'abstraire" constitue une des supériorités essentielles d'un individu entraîné sémantiquement sur un individu qui ne l'est pas.
Dans l'intérêt de la raison, DATEZ. Ne dites pas "Les savants croient." Dites "Les savants croyaient en 1948..." ou "Jean Dupont (1948) est socialiste..." Toutes choses, y compris les opinions politiques de Jean Dupont, sont sujettes au changement, et l'on ne peut, par conséquent, les mentionner que si elles sont déterminées dans le temps.
Dans l'intérêt de la raison, utilisez la formule ET COTERA. Quand vous dites "Marie est une bonne fille" ne perdez pas de vue que Marie est bien autre chose que "bonne" Marie est "bonne", gentille, charmante, et cotera, ce qui signifie qu'elle possède encore d'autres caractéristiques. Il vaut la peine de se rappeler également que la psychiatrie moderne 1956 ne considère pas que l'individu tranquillement "bon" ait une personnalité très saine.
Dans l'intérêt de la raison, utilisez des REFERENCES par exemple. "le conscient » et "l'inconscient" sont deux termes descriptifs utiles mais il reste à prouver que ces termes eux-mêmes reflètent avec précision "l'existant" au niveau des faits. Il existe des cartes de territoires sur lesquels nous ne pourrons jamais avoir de renseignements exacts. L'entraînement à étant destiné aux individus, l'essentiel est de rester conscient de la signification "multiordinale", c'est-à-dire polyvalente, des mots que l'on entend ou que l'on prononce.
Voici quelques uns des principes opérants de la Sémantique Générale
I) Des systèmes nerveux humains ont une similitude de structure, mais ne sont jamais exactement les mêmes;
2) Tout système nerveux humain est modifié par les événements verbaux et non verbaux;
3) Un événement modifie à la fois l'esprit et le corps.
Dans l'intérêt de la raison, n'oublions pas l'interréaction. Un jugement peut concerner la réalité mais il peut concerner un jugement concernant un jugement concernant la réalité.
Dans l'intérêt de la raison. souvenez-VOUS que la carte n'est pas le terrain, le mot n'est pas la chose qu'il exprime. Chaque fois que l'on confond la carte avec le territoire, un « trouble sémantique ii s'enracine dans l'organisme. Ce trouble persiste tant que l'on n'a pas reconnu les limitations de la carte.
Pour bien des peuples, le plus grand rêve du monde, au cours de ce demisiècle, auquel croient aujourd'hui des millions de Russes et de Chinois et qu'ils espèrent réaliser, est l'idéal communiste de la disparition de tout gouvernement, c'est-à-dire d'une société sans Etat. Quand j'ai conçu la lointaine utopie de Vénus dans les récits du Monde des Ã, mon propos était d'étudier discrètement cette admirable possibilité.
(voir le mouvement Zeitgeist et le projet Vénus)
Si je propose cette analyse rapide, ce n'est pas pour persuader le lecteur que je tiens là une solution, mais pour avoir l'occasion d'indiquer un point précis, à savoir que la solution à l'aliénation en soi, et au monde qu'elle nous a contraint à créer, réside dans la compréhension du problème. Et cette idée est inspirée par la sémantique générale.
Il est permis de penser que, jusqu'à ce jour, nous avons eu des gouvernements parce que les gens sont ce qu'ils sont. Personne n'a décidé un beau matin de fonder une force de police ni de voter des lois. En étudiant l'histoire de l'homme, grâce aux cerveaux curieux des anthropologues et autres savants, on constate tristement que, il y a bien longtemps, tout groupe ethnique se protégeait de ses éléments aliénés, sinon les hommes de valeur étaient assassinés et les femmes violées. Avec le temps, le rôle protecteur fut délégué aux forces spécialement entraînées et elles finirent par avoir leur propre impact à tête d'hydre.
La question est d'autant plus confuse que, aujourd'hui, on a réellement besoin de changement. Les peuples devraient avoir leur part égale des biens de la planète.
Alfred E. van Vogt, membre de l'Institute of General Semantics, "Les joueurs du Ã" (extraits), 1956.
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Quelle était donc, en gros, la théorie de Korzybski ? Eh bien, que l'homme n'était pas seulement une unité fonctionnelle, une masse de complexité liée par groupes (esprit-corps) (instinct-pensée) (conscient-inconscient) (id-ego-superego) (cortex-thalamus) mais qu'une telle unité se trouvait placée dans un milieu.
La peau du corps ne constituait qu'une frontière artificielle. Des échanges se produisaient à travers elle et dans les deux sens, constamment. Le seul moyen donc d'appréhender la science de la nature humaine était de définir son objet comme l'hommeformantuntoutavecsonmilieu. L'unité en observation se trouvait donc l'homme dans son entier, entouré entièrement par son milieu. Il devenait alors nécessaire, évidemment, de déterminer en quoi consistait ce milieu.
Korzybski en proposait une définition. D'abord, disait-il, et avant tout, c'est un environnement neurosémantique et neurolinguistique, émanant de l'homme lui-même qui l'enveloppe d'une couche de signes et de symboles. Car si l'homme est générateur de mots, de verbalismes, d'images articulées et de signes représentant les faits objectifs, il projette ceux-ci dans le monde où il se meut. Après des millénaires de telles projections sémantiques de la part de la race humaine, tout enfant naît dans un monde saturé de projections verbales.
Et c'était précisément là que résidait la difficulté, prétendait Korzybski. L'environnement que l'homme tisse autour de soi ne représente pas les faits objectifs. De plus en plus les mots et les symboles ainsi créés s'écartent de la réalité. Des couches de signes et de symboles ? Non. Plutôt un écran de fumée. Pourquoi en est-il ainsi ? L'homme a toujours confondu ses mots avec les réalités.
L'homme ne s'était pas aperçu que, tout en restant en contact constant avec le monde réel et dynamique, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, sur un plan silencieux,
dès qu'il commençait à l'exprimer en mots, ces sons statiques et symboliques tombaient très loin de ce qu'étaient réellement les choses senties sur le plan silencieux.
En somme, la tournure d'esprit aristotélicienne supposait à la base une croyance en la puissance magique du mot. Illusion enfantine et primitive, fiction de mégalomane selon laquelle ce que produit la bouche façonne le monde extérieur. Or cette notion, en conférant à l'homme une impression de puissance illusoire, avait dominé toute la pensée humaine pendant de nombreux siècles. Par voie de conséquence, la pensée était restée entièrement antipragniatique et antiréférentielle, dénuée de toute vérification et de tout contact avec le plan silencieux.
Comment en sortir ? Eh bien, en comprenant que le mot n'est pas l'objet, qu'éloquence n'est pas photographie, que le son n'est pas la substance, que la carte n'est pas le territoire. La carte n'est pas le territoire. Voilà le génial slogan de Korzybski.
Bernard Wolfe, Limbo (extraits), 1954.
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Lorsque je vous regarde, ce que je vois, c'est, en fait, l'image que je me fais de vous, et vous voyez l'image que vous vous faites de moi. Ces images nous semblent projetées sur le monde extérieur, mais elles sont bien loin d'être ce que nous pensons qu'elles sont quand nous disons: "Nous le voyons." Pour citer à nouveau Korzybski: "La carte n'est pas le territoire", et ce que je vois, c'est ma carte d'un territoire (partiellement hypothétique) qui se trouve là, dehors, etc.
Il semble que très peu de gens se rendent compte de l'énorme "puissance" théorique de la distinction entre ce que je "vois" et ce qui se trouve là, dehors. La plupart supposent qu'ils voient ce qu'ils regardent, et s'ils font cette hypothèse, c'est que les processus de la perception sont totalement inconscients.
Je peux être conscient de tourner les yeux dans une direction et je peux être conscient de l'image des choses qui se trouvent dans cette direction. Mais entre ces deux moments, ou ces deux éléments de perception, je n'ai conscience de rien. Ma machinerie mentale ne me donne pas de nouvelles de ses processus mais seulement de ses résultats.
Alors que je préparais mon exposé pour une conférence en hommage à Korzybski, c'est alors que je me suis soudain rendu compte que le pont entre la carte et le territoire, c'est la différence. Il n'y a que les nouvelles d'une différence qui peuvent passer du territoire à la carte, et ce fait constitue l'énoncé épistémologique fondamental sur la relation entre la réalité, là, dehors, et la perception ici à l'intérieur: le pont doit toujours prendre la forme d'une différence. Une différence là, dehors, précipite une différence codée, une différence correspondante, dans cet agrégat de différenciation que nous appelons "l'esprit" d'un organisme. Cet esprit est immanent à la matière, il est en partie à l'intérieur du corps, mais également à l'extérieur, par exemple sous forme d'enregistrements, de traces et d'éléments perceptibles.
Gregory Bateson, Une unité sacrée, quelques pas de plus vers une écologie de l'esprit (extraits), 1991.
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L'HOMME UNIDIMENSIONNEL
Herbert Marcuse
Extraits de la préface à l'édition française, 1967.
J'ai analysé dans ce livre quelques tendances du capitalisme américain qui conduisent à une « société close » close parce qu'elle met au pas et intègre toutes les dimensions de l'existence, privée et publique. Deux résultats de cette société sont d'une importance particulière, l'assimilation des forces et des intérêts oppositionnels dans un système auquel ils s'opposaient dans les étapes antérieures du capitalisme, et l'administration et la mobilisation méthodiques des instincts humains, ce qui rend ainsi socialement dirigeables et utilisables des éléments explosifs et « antisociaux » de l'inconscient. La puissance du négatif, largement incontrôlée aux stades du développement antérieur de la société, est maîtrisée et devient un facteur de cohésion et d'affirmation. Mieux que jamais auparavant les individus et les classes reproduisent la répression subie. Car le processus d'intégration se déroule, pour l'essentiel, sans terreur ouverte la démocratie consolide la domination plus fermement que l'absolutisme; liberté administrée et répression instinctuelle deviennent des sources sans cesse renouvelées de la productivité. Sur un tel fondement la productivité devient destruction, destruction que le système pratique « vers l'extérieur » à l'échelle de la planète.
La société close sur l'intérieur s'ouvre vers l'extérieur par l'expansion économique, politique et militaire. Là également, c'est la totalité qui est en mouvement : dans cette totalité la distinction conceptuelle entre les affaires et la politique, le profit et le prestige, les besoins et la réclame n'est plus guère possible. On exporte un « mode de vie » ou celuici s'exporte luimême dans la dynamique de la totalité. Avec le capital, les ordinateurs et le savoirfaire, arrivent les autres « valeurs » : rapports libidineux à la marchandise, aux engins motorisés agressifs, à l'esthétique fausse du supermarché.
Ce n'est pas le matérialisme de cette forme de vie qui est faux, mais la nonliberté et la répression qu'elle recèle réification totale dans le fétichisme total de la marchandise. Il devient d'autant plus difficile de percer cette forme de vie que la satisfaction augmente en fonction de la masse de marchandises. La satisfaction instinctuelle dans le système de la nonliberté aide le système à se perpétuer. Telle est la fonction sociale du niveau de vie croissant dans les formes rationalisées et intériorisées de la domination.
C'est dans l'instinct de liberté non sublimé que plongent les racines de l'exigence d'une liberté politique sociale; exigences d'une forme de vie dans laquelle même l'agression et la destruction sublimées seront au service de l'Eros, à savoir construction d'un monde pacifié. Des siècles de répression instinctuelle ont recouvert cet élément politique de Eros : la concentration de l'énergie érotique dans la sensualité génitale barre la transcendance de l'Eros vers les autres « zones » du corps et vers son milieu ambiant, elle barre sa force sociale révolutionnaire et formatrice. Là où aujourd'hui la libido est déployée comme une telle force, elle doit servir le processus de production agressif et ses exigences elle s'intègre dans la valeur d'échange. Par ailleurs règne l'agression de la lutte pour l'existence à l'échelle individuelle, nationale, internationale, cette agression determine le système des besoins.
C'est pourquoi il est d'une importance qui dépasse de loin les effets immédiats que l'opposition de la jeunesse contre la « société d'abondance » lie rébellion instinctuelle et rébellion politique. La lutte contre le système, qui n'est portée par aucun mouvement de masse, qui n'est impulsée par aucune organisation effective, qui n'est guidée par aucune théorie positive, gagne dans cette liaison une dimension profonde qui compensera peutêtre un jour le caractère diffus et la faiblesse numérique de cette opposition. Ce qui est recherché ici son élaboration conceptuelle n'est qu'au stade d'une lente gestation est davantage et autre chose qu'une société fondée sur d'autres rapports de production (bien qu'une telle transformation de la base reste une condition nécessaire de la libération) : il s'agit d'une société dans laquelle les nouveaux rapports de production) et la productivité développée à partir d'eux, seront organisés par les hommes dont les besoins et les buts instinctuels seront la « négation déterminée » de ceux qui règnent dans la société répressive; ainsi les besoins non sublimés, qualitativement différents, donneront la base biologique sur laquelle les besoins sublimés pourront se développer librement. La différence qualitative se manifesterait dans la transcendance politique de l'énergie érotique, et la forme sociale de cette transcendance serait la coopération et la solidarité dans l'établissement d'un monde naturel et social qui, en détruisant la domination et l'agression répressive, se mettrait sous le principe de réalité dc la paix ; avec lui seulement la vie peut devenir son propre but, c'est à dire devenir bonheur.
Pour la première lois dans son histoire, le système rencontre des forces résistantes qui ne sont pas « de sa propre nature »; ces forces ne lui livrent pas un combat concurrentiel pour l'exploitation sur son propre terrain, mais signifient, dans leur existence même, dans leurs besoins vitaux, la négation déterminée du système le contestant et le combattant en tant que tout.
La chance de l'avenir dépend de l'arrêt de l'expansion productive et profitable (politiquement, économiquement, militairement) ; ensuite les contradictions encore neutralisées dans le processus de production du capitalisme pourraient éclater en particulier la contradiction entre la nécessité économique d'une automation progressive entraînant le chômage technologique et la nécessité capitaliste du gaspillage et de la destruction systématiques des forces parasitaires, entraînant l'accroissement du travail parasitaire.
L'expansion qui sauve le système, ou du moins le fortifie, ne peut être arrêtée que par un contremouvement international et global. Partout se manifeste l'interpénétration globale : la solidarité reste le facteur décisif, ici aussi Marx a raison. Et c'est la solidarité qui a été brisée par la productivité intégrante du capitalisme et par la toutepuissance de sa machine de propagande, de publicité et d'administration. Réveiller et organiser la solidarité en tant que besoin biologique de se tenir ensemble contre la brutalité et l'exploitation inhumaines, telle est la tâche. Elle commence par l'éducation de la conscience, du savoir, du regard et du sentiment qui saisissent ce qui advient le crime contre l'humanité.
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LA SOCIÉTÉ DEVIENT ELLE-MÊME CRIMINELLE
Extrait d'un entretien avec le journaliste Denis Robert (Politis 13 mars 2008).
Peut-on estimer le montant des sommes qui s'évadent dans les paradis fiscaux ? Par essence, aucun chiffrage précis ne peut être opéré, puisque les valeurs qui y sont placées sont cachées. La presse évoque le chiffre de 1000 milliards d'euros. On est malheureusement loin du compte. Les listings de Clearstream peuvent donner une indication. La multinationale est l'une des pompes qui alimentent ces paradis fiscaux. 41 figurent dans les listes. Quand on sait que la firme a annoncé 11000 milliards d'euros de dépôts pour 2007 et que près du tiers de ses comptes sont ouverts dans des paradis fiscaux, on peut donc avancer qu'on est plus proche de 5000 milliards d'euros que de 1 000 conservés par la seule Clearstream dans les paradis fiscaux. Euroclear, l'autre chambre de compensation, a aussi des comptes ouverts dans ces paradis, Et je ne parle pas des banques qui utilisent d'autres réseaux. Nous sommes donc à coup sûr audelà des 10000 milliards. Comme il n'y a aucune volonté de contrôler, c'est sans doute beaucoup plus important. Cette gigantesque fraude explique l'assèchement des économies, mais aussi la montée du chômage et la pauvreté.
Guy Debord expliquait déjà en 1969 qu'il n'y a plus d'un côté une économie blanche et de l'autre une économie noire. L'économie est grise. Ce nest plus d'un côté la mafia et de l'autre l'État la société devient ellemême criminelle. Les mafias adoptent les méthodes des sociétés commerciales avancées, et, inversement, ces dernières sont devenues mafieuses, pas au sens du crime de sang mais des crimes d'argent. Les États qui laissent faire sont de fait complices. Les banques et les multinationales qui émargent vers ces paradis sont à l'origine des dérives.
Une fois que l'argent est caché dans les paradis fiscaux, il n'y a pas grandchose à faire, à moins de corrompre un agent. Le seul moment où l'information peut être captée, c'est pendant le temps du transfert des fonds. Il est possible de retracer les itinéraires financiers, mais l'information financière est aujourd'hui hyperconcentrée. Trois organismes en Europe concentrent cette information, Swift, en Belgique, qui fait du routing financier, c'est à dire des ordres de transfert de fonds. Si vous louez une voiture avec une carte bancaire au Maroc, cela passe par Swift, qui enregistre et finalise plusieurs millions d'opérations par jour. Puis il existe deux chambres de compensation internationales Euroclear à Bruxelles et Clearstream au Luxembourg. Comme on met des gendarmes sur les autoroutes, il faudrait contrôler ces trois réseaux autoroutiers de la finance. Or, actuellement, ces outils sont peu ou mal contrôlés.
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LE SPORT, DE LA PUBOLITIQUE TOXIQUE
Lukas Stella, 2008.
Le sport est le porte drapeau de ce qu'il y a de plus exécrable dans cette société en perdition, les vertus de la drogue, la vénération de l'effort mortifère, l'admiration du spécialiste expert, l'idolâtrie du plus fort et la honte des vaincus, la publicité de la prédation barbare, le grand spectacle de la dictature marchande.
Lorsque sa kermesse publicitaire s'accapare tous les organes de pression de la planète, c'est la compétition des marques et des drapeaux, le mérite du gagnant par les sacrifices des perdants, l'admiration du travail et de la souffrance, la gloire du vainqueur et la mystification du champion, la célébration de la guerre économique, le grand spectacle du capitalisme maître du monde, que l'on accepte et vénère dans la soumission contemplative d'un monde d'apparences complètement malade et maintenant suicidaire.
"Il est temps de révoquer le vieux réflexe prédateur qui ne conçoit d’alternative qu’entre écraser ou être écrasé."
Raoul Vaneigem, Entre le deuil du monde et la joie de vivre, 2008.
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LA BIODIVERSITÉ LOURDEMENT CONDAMNÉE
Raoul JACQUIN, 2008.
Malgré les directives européennes, les avis de l’ONU, du Sénat, de scientifiques, d’agronomes affirmant l’urgence de sauvegarder la biodiversité végétale alimentaire, l’état français refuse de libérer l’accès aux semences anciennes pour tout un chacun.
C’est ce qui permet aujourd’hui aux magistrats d’infliger ces lourdes peines à l’association Kokopelli.
Les semences qui ont nourri nos grands-parents et qui servent à nous nourrir aujourd’hui par le jeux des croisements, sont donc devenues illégales et dangereuses.
Nous avons eu droit au grenelle de l’environnement : il faut sauver la biodiversité ! alors pourquoi condamner une association qui sauvegarde avec ses adhérents et ses sympathisants, plus de 2500 variétés en risque de disparition ? Pourquoi condamner ces semences dont la FAO reconnaît qu’elles sont une des solutions pour assurer la souveraineté alimentaire, face aux dérèglements climatiques et à l’augmentation de la population mondiale ? Pourquoi les mêmes variétés, selon qu’elles sont vendues par KOKOPELLI ou d’autres opérateurs entraînent condamnation ou mansuétude ? Pourquoi les grandes surfaces vendent des fruits et légumes issus des variétés interdites à KOKOPELLI, en toute impunité (en tout cas à notre connaissance).
L’association propose aux jardiniers, aux paysans, d’être autonomes et responsables, face au vivant. Dans notre société du tout marchandise, c’est intolérable. Le plus grand grief (sous jacent) fait aux semences anciennes ou de pays, est d’être reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses conditions de cultures, sans le soutien de l’agro chimie. Voilà la faute de KOKOPELLI : conserver le levain des savoirs populaires, agronomiques et génétiques. A l’heure où l’on veut nous faire croire que le tout hybride, OGM, chimique, énergie fossile, sont les seules possibilités d’assurer notre alimentation, propager l’autonomie semencière par l’exemple est devenu répréhensible. Ce qu’il faut retenir de ces condamnations, c’est la volonté affichée d ‘éradiquer les alternatives techniques et semencières autonomes.
Il est intéressant de noter la similitude des actions et de la répression envers les faucheurs volontaires, les amis de l’ortie, les défenseurs de l’herboristerie et KOKOPELLI : chacun cherche à sa façon, à protéger et promouvoir la vie et la continuité des savoirs. Pour notre gouvernement, tout cela est devenu répréhensible !
http://www.kokopelli.asso.fr/index.html
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JE SUIS UN DÉMOCRATE, JE SUIS UN CONNARD
Déclaration de principes d’un intellectuel espagnol
(Santiago Alba Rico, 2008).
Je ne condamne pas le roi Fahd, honoré par le roi d’Espagne, qui taille les têtes, coupe les mains et arrache les yeux, qui humilie les femmes et bâillonne les opposants, qui fait l’important en l’absence de presse, de parlement et de partis politiques, qui viole les Philippines et torture Indiens et Egyptiens, qui dépense le tiers du budget de l’Arabie Saoudite entre les 15.000 membres de sa famille et finance les mouvements les plus réactionnaires et violents de la planète.
Je ne condamne pas le général Dustum, allié des USA en Afghanistan, qui a asphyxié dans un container mille prisonniers talibans auxquels il avait promis la liberté y qui sont morts en léchant les parois métalliques de leur prison.
Je ne condamne pas la Turquie, membre de l’OTAN et candidat à l’UE, qui a rayé 3.200 villages kurdes de la surface de la terre dans les années 90, qui a laissé mourir de faim 87 prisonniers politiques et emprisonne celui qui ose transcrire en Kurde le nom de leurs villes.
Je ne condamne pas le sinistre Kissinger, l’assassin le plus ambitieux depuis Hitler, responsable de millions de morts en Indochine, au Timor, au Chili et dans tous les pays dont le nom lui est sorti de la bouche.
Je ne condamne pas Sharon, homme de paix, qui dynamite les maisons, déporte les civils, arrache les oliviers, vole l’eau, mitraille les enfants, pulvérise les femmes, torture les otages, brûle les archives, fait exploser les ambulances, rase des camps de réfugiés et caresse l’idée « d’extirper le cancer » de trois millions de Palestiniens pour renforcer la pureté de son état « juif ».
Je ne condamne pas le roi Gienendra du Népal, éduqué aux USA, qui le mois dernier a exécuté sans jugement 1.500 communistes.
Je ne condamne ni la Jordanie ni l’Egypte qui bastonnent et emprisonnent ceux qui manifestent contre l’occupation de la Palestine par Israël.
Je ne condamne pas le Patriot Act ni le programme TIPS, ni la disparition de détenus par le FBI, ni la violation de la Convention de Genève à Guantanamo, ni les tribunaux militaires, ni la « licence pour tuer » accordée à la CIA, ni la fouille de tous les touristes qui entrent aux USA en provenance d’un pays musulman.
Je ne condamne pas le coup d’Etat au Venezuela ni le gouvernement espagnol qui l’a appuyé, ni les journaux qui, ici et là, ont financé, légitimé et applaudi à la dissolution de toutes les institutions et la persécution armée des partisans de la Constitution.
Je ne condamne pas la compagnie états-unienne Union Carbide qui, le 2 décembre 1984, a assassiné 30.000 personnes dans la ville indienne de Bhopal.
Je ne condamne pas l’entreprise pétrolière états-unienne Exxon-Mobil accusée de séquestrer, de violer, de torturer et d’assassiner des dizaines de personnes qui vivaient dans un édifice propriété de la compagnie dans la province de Aceh (Indonésie).
Je ne condamne pas l’entreprise Vivendi qui a laissé sans eau tous les quartiers pauvres de La Paz, ni Monsanto qui a laissé sans semence les paysans de l’Inde et du Canada, ni Enron qui, après avoir plongé dans le noir une demi-douzaine de pays, a laissé 20.000 personnes sans le sou.
Je ne condamne pas les entreprises espagnoles (BBVA, Endesa, Telefonica, Repsol) qui ont vidé les caisses de l’Argentine, obligeant les Argentins à vendre leurs cheveux aux fabricants de perruques et à se disputer un cadavre de vache pour pouvoir manger.
Je ne condamne pas la maison Coca-Cola qui est entré en Europe dans l’ombre des tanks nazis et qui licencie, menace et assassine aujourd’hui des syndicalistes au Guatemala et en Colombie.
Je ne condamne pas les grands laboratoires pharmaceutiques qui se sont mis d’accord pour tuer 20 millions d’Africains malades du SIDA.
Je ne condamne pas l’ALCA qui viole et dépèce les ouvrières des « maquilladoras » de Ciudad-Juarez et fait naître des enfants sans cerveau à la frontière du Mexique avec les USA.
Je ne condamne pas le FMI ni l’OMC, providence de la famine, de la peste, de la guerre, de la corruption et de toute la cavalerie de l’Apocalypse.
Je ne condamne ni l’UE ni le gouvernement des Etats-Unis qui placent les accords commerciaux au-dessus des mesures pour la protection de l’environnement et qui ont décidé, sans referendum ni élections, l’extinction d’un quart des mammifères sur Terre.
Je ne condamne pas les tortures sur Unai Romano, jeune Basque qui, il y a un an, fut transformé en ballon tuméfié dans un commissariat espagnol, défiguré à un tel point que ses parents le reconnurent uniquement à un grain de beauté sur son visage.
Je ne condamne pas le Gouvernement espagnol qui, au mois d’avril, a mis en place l’état d’exception sans consulter le Parlement et a suspendu pendant trois jours les droits fondementaux de notre Constitution (liberté de mouvement et d’expression), avec la circonstance aggravante que les Basques ne pouvaient se rendre à Barcelone à l’occasion du dernier sommet de l’UE.
Je ne condamne pas la loi sur les Etrangers qui expulse les hommes faibles et affamés, les enferme dans des camps de rétention ou les prive du droit universel à l’assistance sanitaire et à l’éducation.
Je ne condamne pas le « coup de décret » qui précarise encore plus l’emploi, supprime les aides et laisse les travailleurs, comme des feuilles mortes, à la merci des caprices du vent des patrons.
Je ne condamne pas, cela va de soi, Dieu quand il pleut, quand la foudre tombe ou que le tonnerre gronde, ni quand la terre tremble ou qu’un volcan crache ses flammes.
Je suis un démocrate : peu m’importe la mort d’enfants qui ne sont pas espagnols ; peu m’importe la persécution, le silence sur l’assassinat de journalistes et d’avocats qui ne pensent pas comme moi ; peu m’importe l’esclavage de deux millions de personnes qui ne pourront jamais acheter un de mes livres ; peu m’importe les atteintes aux libertés du moment que c’est moi qui manie en toute liberté les ciseaux ; et peu m’importe la disparition d’une planète sur laquelle je me suis tant amusé.
Je suis un démocrate : je condamne l’ETA, ceux qui l’appuient ou qui gardent le silence, même s’ils sont muets de naissance ; et j’exige, en outre, qu’on prive de leurs droits de citoyens 150.000 Basques, qu’on les empêche de voter, de manifester et de se réunir, qu’on ferme leurs bars, leurs journaux, et même leurs halte-garderie ; qu’on les mette vite en prison, eux et tous leurs camarades (du jeune militant anti-globalisation à l’écrivain affirmé) et si ce n’est pas suffisant pour protéger la démocratie, qu’on demande l’intervention humanitaire de nos glorieuses forces armées, déjà auréolées de la reconquête de l’île Perejil. Je suis un démocrate car j’ai condamné l’ETA.
Je suis un démocrate et je ne condamne que l’ETA. Je fais donc partie de toutes les autres bandes armées, les plus sanguinaires, les plus cruelles, les organisations terroristes les plus destructrices de la planète.
Je suis un démocrate. Je suis un connard.
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COMME UN TROUPEAU
Paul, février 2008.
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